Le Togo compte aujourd’hui 826 médecins officiellement inscrits à l’Ordre national des médecins du Togo (ONMT). Un chiffre en progression ces dernières années, mais qui ne reflète pas toute la réalité du terrain. Dans les zones rurales comme dans certaines périphéries urbaines, des individus sans formation reconnue continuent de pratiquer, mettant en danger la santé des populations.
Face à ce phénomène, l’ONMT affiche désormais une détermination sans faille. « Toute personne exerçant sans être régulièrement inscrite au tableau de l’Ordre sera systématiquement poursuivie en justice », a averti Dr Anthony Katanga Beketi, président de l’ONMT, lors d’une récente sortie médiatique. Pour lui, l’heure n’est plus aux avertissements mais aux sanctions fermes : « Nous avons le devoir de protéger nos concitoyens et de défendre l’éthique médicale. »
Le problème n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires dénoncent l’intrusion croissante de « faux médecins » dans le système de santé, un phénomène accentué par le manque criant de praticiens qualifiés. Dans certaines préfectures reculées, les populations, privées d’accès régulier à un médecin diplômé, se tournent vers des praticiens improvisés. Ces derniers proposent souvent des soins approximatifs, parfois dangereux, entraînant des complications graves, voire des décès.
Le contexte national explique en partie cette dérive. Avec seulement 826 médecins inscrits pour une population estimée à près de 9 millions d’habitants, le ratio reste largement en deçà de la norme recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (un médecin pour 10 000 habitants). Ce déficit structurel ouvre la voie aux dérives et fragilise les efforts entrepris pour renforcer le système sanitaire, déjà mis à rude épreuve par les récentes crises, qu’il s’agisse de la pandémie de Covid-19 ou de la recrudescence du paludisme.
Mais la répression ne suffira pas, préviennent certains experts. Sans amélioration de l’offre de soins, notamment en zone rurale, les populations continueront de se tourner vers des solutions parallèles. Plusieurs voix appellent ainsi l’État à accompagner l’action de l’ONMT par un plan plus ambitieux de recrutement et de déploiement des médecins, ainsi qu’une meilleure valorisation de la médecine communautaire.
