À peine un mois après la validation par la Cour suprême des résultats des municipales du 6 août 2025, le Togo s’apprête à franchir une nouvelle étape politique décisive : l’élection des maires et de leurs adjoints. Le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Chefferie coutumière, Hodabalo Awaté, a fixé les dates de ces scrutins internes entre le 10 et le 12 septembre, convoquant les conseillers municipaux proclamés élus à se réunir dans les 117 communes du pays. « Il est impératif que tous les conseillers élus répondent présents afin d’assurer la mise en place des exécutifs municipaux », a-t-il enjoint dans une note datée du 28 août.
L’événement, purement institutionnel en apparence, dépasse en réalité le simple cadre administratif. Il marque le moment où la décentralisation togolaise, initiée en 2019 avec les premières élections locales depuis plus de trente ans, doit prouver qu’elle n’est pas qu’un slogan. Les prochains jours décideront du visage de la gouvernance locale pour les cinq prochaines années, dans un contexte où les populations, éprouvées par les crises économiques et sociales, n’attendent plus seulement des discours, mais des résultats concrets.
Les attentes sont d’autant plus grandes que les défis persistent. Les maires sortants ont souvent pointé du doigt l’insuffisance des ressources financières, frein majeur pour la réalisation de projets structurants. Dans plusieurs communes, l’opinion publique a exprimé sa déception face à des exécutifs municipaux accusés d’être plus préoccupés par des rivalités partisanes que par la gestion des besoins de base, comme l’assainissement, la voirie ou encore la sécurité des marchés. « Nous avons voté en 2019 avec l’espoir de voir nos quartiers transformés, mais beaucoup de problèmes demeurent inchangés », confie Kossi, commerçant au grand marché de Lomé.
La prochaine configuration municipale ne devrait pourtant réserver aucune surprise politique : la majorité des maires attendus seront issus du parti au pouvoir, ce qui pourrait consolider l’hégémonie de l’Union pour la République (UNIR) sur le maillage local. Un scénario qui alimente les inquiétudes de certains acteurs de la société civile, qui redoutent que la décentralisation reste un exercice contrôlé par le centre. « Si les communes n’ont pas une marge réelle d’action, elles ne seront que des relais administratifs du pouvoir central et non de véritables moteurs de développement », prévient M. André Akakpo, un analyste politique joint à Lomé.
Mais le gouvernement défend une vision différente. Pour Hodabalo Awaté, ces élections visent à « renforcer la légitimité des institutions locales » et à donner une nouvelle dynamique au développement territorial. Le défi sera donc de concilier l’autonomie communale avec l’encadrement de l’État, un équilibre encore fragile dans plusieurs zones rurales où les tensions entre élus et préfets ont parfois bloqué l’action municipale.
Au-delà de la bataille des urnes internes, ce rendez-vous des 10 au 12 septembre apparaît comme un véritable test pour la gouvernance de proximité au Togo. Car derrière chaque maire élu se cache une interrogation centrale : la décentralisation togolaise saura-t-elle enfin répondre aux attentes pressantes des populations ou restera-t-elle une promesse inachevée ?
