À l’heure où l’Afrique de l’Ouest est secouée par des débats houleux sur les troisièmes ou quatrièmes mandats et des transitions militaires interminables, le président ghanéen John Dramani Mahama prend tout le monde de court. En visite officielle à Singapour, il a annoncé qu’il quittera le pouvoir en 2028, refusant de briguer un second mandat pourtant permis par la Constitution. Un choix qui résonne comme une rareté sur le continent.
« Je ne serai pas candidat aux prochaines élections, ce qui me permettra de maintenir la discipline budgétaire », a-t-il déclaré face à son homologue singapourien, Tharman Shanmugaratnam. Selon lui, cette posture lui confère « l’autorité morale nécessaire » pour gouverner jusqu’au terme de son mandat sans céder aux sirènes électoralistes.
Le président du National Democratic Congress (NDC), Johnson Asiedu Nketiah, a immédiatement salué cette décision : « La déclaration du président est un acte nécessaire pour la proactivité politique, allant au-delà de la lettre de la loi pour garantir la stabilité politique et la confiance démocratique. Nous respecterons les principes de la Constitution. »
Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Mahama revendique des résultats tangibles : une inflation en baisse, une diminution des taux d’intérêt et une appréciation significative du cedi, la monnaie nationale. Autant d’indicateurs qui lui permettent de plaider pour une gouvernance responsable, tournée vers la consolidation des acquis.
Cette annonce vient contredire le discours du principal parti d’opposition, le Nouveau Parti Patriotique (NPP), qui l’accusait de nourrir l’ambition d’un troisième mandat. Freddie Blay, porte-parole du NPP, avait même ouvertement suggéré que la Constitution de 1992 pouvait être interprétée différemment par la Cour suprême : « La loi est entre les mains des juges. Si l’affaire est portée devant la Cour suprême, et que cette instance décide que l’expression ‘deux mandats’ signifie de manière conservatrice ceci ou cela, cela ne me pose aucun problème. »
Le contraste avec la sous-région est saisissant. Au Sénégal, la crise politique née des débats sur un éventuel troisième mandat de Macky Sall a secoué le pays avant qu’il ne renonce à se représenter en 2024, au prix d’une forte contestation sociale. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a prolongé son pouvoir en 2020 en s’appuyant sur une nouvelle Constitution, malgré des tensions ; rebelote il y a quelques mois quand il a annoncé son intention de se représenter à l’élection du 25 octobre 2025. Pareil au Togo, surfant sur des révisions constitutionnelles successives qui lui garantissent une longévité politique rare en Afrique. Et au Niger, au Mali ou au Burkina Faso, les transitions militaires piétinent, alimentant l’incertitude et fragilisant encore davantage la démocratie.
Dans ce paysage, la position de Mahama apparaît comme une exception assumée. Alors que certains leaders africains s’accrochent au pouvoir malgré des bilans contestés, le président ghanéen, lui, choisit la sortie organisée, renforçant l’image d’un Ghana déjà reconnu comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest.
La décision de Mahama soulève une question de fond : pourquoi ceux qui obtiennent des résultats tangibles choisissent-ils de partir, quand ceux qui échouent s’arriment au pouvoir par tous les moyens ? Le paradoxe illustre la complexité de la gouvernance en Afrique, où l’alternance pacifique reste l’exception plutôt que la règle.
Tout comme Patrice Talon au Benin, le geste du président ghanéen ne sera pas seulement jugé à l’aune de son départ en 2028, mais aussi par la manière dont il parviendra à maintenir la rigueur économique et à préparer une transition politique apaisée. En attendant, sa décision fait déjà figure de signal politique majeur, contrastant avec les dérives qui fragilisent la démocratie dans la sous-région.
