La tension politique franchit un nouveau palier au Togo. En tournée parlementaire dans la région des Savanes, la députée Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson a été empêchée de poursuivre ses activités à Dapaong et contrainte de quitter la zone sous encadrement des forces de sécurité, un incident qui déclenche une vive polémique et ravive le débat sur les libertés politiques.
Selon plusieurs témoignages concordants, l’élue, en déplacement dans le Grand-Nord, a été interceptée par des éléments de la police et de la gendarmerie alors qu’elle s’apprêtait à rencontrer les populations. L’intervention, survenue ce vendredi 20 mars, s’est traduite par une limitation de ses déplacements, avant qu’elle ne soit escortée pour récupérer ses effets personnels puis invitée à regagner Lomé.
Cette tournée, selon ses initiateurs, visait à « rendre compte des activités parlementaires aux citoyens qui l’ont mandatée » et à « constater l’état d’abandon de nombreux chantiers d’infrastructures promis par le gouvernement, laissant les populations des Savanes dans le dénuement et l’insécurité ». Une démarche inscrite dans le rôle classique de contrôle de l’action gouvernementale dévolu aux députés.
Dans un communiqué rendu public, la Conférence des présidents de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) dénonce une intervention des forces de l’ordre « sur instructions des autorités locales, notamment le préfet de Tône et le gouverneur de la région des Savanes ». Le regroupement politique parle d’« une entrave à la mission parlementaire » et d’« une volonté manifeste de cacher la réalité aux Togolais ».
La DMP s’interroge ouvertement : « Pourquoi empêcher une élue de constater l’avancement ou l’arrêt de travaux financés par l’argent du contribuable ? La peur de la vérité ? Le gouvernement craint que l’état de délabrement des chantiers ne soit exposé au grand jour par une élue du peuple ». Et de poursuivre en dénonçant « ce mépris du peuple, consistant à bloquer son élue », qu’elle considère comme « une manière d’étouffer la voix des citoyens de la région des Savanes ».
Le ton se durcit davantage lorsque le regroupement affirme que « empêcher un député de faire son travail, c’est suspendre la Constitution » et insiste : « Aucun député ne doit demander une autorisation pour exister, encore moins exercer son droit souverain qui lui est garanti par la constitution ». La DMP exige ainsi « la levée immédiate de toute restriction de mouvement à l’encontre de Mme Adjamagbo-Johnson et de sa délégation ».
Dans le même élan, le président de l’ADDI, Aimé Gogué, a également dénoncé la situation : « Je viens d’apprendre que la députée Mme Kafui ADJAMAGBO-JOHNSON a été invitée à quitter Dapaong par des agents des forces de défense et de sécurité. Elle s’y trouvait pour remplir une de ses missions de parlementaire : rendre compte de ses activités et contrôler l’action gouvernementale. Un député ne doit pas demander d’autorisation avant de remplir sa mission ». Il estime que cette intervention « ne respecte aucun texte » et y voit « l’habitude de ce régime de ne respecter aucune loi ».
Au-delà des réactions politiques, cet épisode intervient dans une région déjà sous forte pression sécuritaire, régulièrement confrontée à des menaces liées à l’extrémisme violent. Pour la DMP, cette situation devrait au contraire justifier davantage de transparence et de proximité avec les populations : « La région des Savanes, déjà éprouvée par des défis sécuritaires, a plus que jamais besoin de solidarité nationale et de transparence, et non de musellement politique. Le contrôle de l’action gouvernementale n’est pas un crime, c’est un devoir. Le silence n’est plus une option. La reddition de comptes est un droit, pas une faveur ».
L’absence, à ce stade, de communication officielle détaillant les raisons de cette restriction alimente les interrogations. Plusieurs responsables politiques indiquent avoir saisi les présidents des deux chambres du Parlement ainsi que les autorités administratives concernées, tandis que l’idée d’un débat parlementaire commence à émerger.
