Au Togo, l’affaire Honoré Sitsopé Sokpor, connu sous le nom d’Affectio, ravive les tensions autour de la liberté d’expression et de la circulation de l’information. Le poète a été placé en détention après sa présentation, le 4 mai 2026, devant un juge d’instruction, consécutive à son arrestation intervenue le 24 avril.
Selon les éléments disponibles, il est poursuivi pour avoir pris des photographies sur un chantier en construction. Les autorités le soupçonnent d’avoir transmis ces images à des contacts à l’étranger, notamment liés au « mouvement du 6 juin », un collectif de la société civile togolaise actif dans la diaspora. Dans un contexte marqué par une surveillance accrue des flux d’informations sensibles vers l’extérieur, ce type d’arrestation prend une dimension particulière.
Ce placement en détention marque un tournant pour l’écrivain, déjà fragilisé par un précédent épisode judiciaire. Entre janvier et décembre 2025, Affectio avait été incarcéré à la suite de la publication d’un texte sur les réseaux sociaux, avant d’être libéré en décembre sous contrôle judiciaire. Sa nouvelle interpellation et son retour en prison traduisent un durcissement de sa situation judiciaire.
Son avocat, Paul Dodji Apevon, indique que son client devrait rester en détention pendant la poursuite de l’instruction. À ce stade, aucune décision définitive n’a été rendue, mais le dossier continue de susciter interrogations et réactions dans l’opinion.
Au-delà du cas individuel, l’affaire s’inscrit dans un climat national où les questions liées à la liberté d’expression, au rôle des artistes et à la critique publique restent sensibles. Dans un pays où plusieurs voix, notamment issues de la société civile et des milieux culturels, dénoncent régulièrement des restrictions, le dossier Affectio pourrait relancer le débat sur les limites de l’expression artistique et la protection des créateurs.
M66 : un mouvement hors-la-loi ?
Le « mouvement du 6 juin » (M66), cité dans ce dossier, demeure au cœur de vives tensions au Togo. Présenté par certains cercles proches du pouvoir comme un réseau à caractère subversif en raison de ses prises de position radicales et de son ancrage dans la diaspora, il est défendu par ses soutiens comme une plateforme citoyenne engagée pour des réformes politiques. À ce stade, aucune qualification officielle de « mouvement terroriste » n’a été publiquement établie par les juridictions togolaises. En revanche, plusieurs de ses membres ou supposés proches font l’objet de poursuites judiciaires, un élément qui alimente davantage les controverses autour du mouvement. Cette situation entretient un débat sensible entre impératif de sécurité nationale et respect des libertés publiques, dans un contexte où les interactions avec des réseaux extérieurs sont de plus en plus surveillées.
Alors que la procédure suit son cours, ce nouvel épisode judiciaire illustre une fois de plus les lignes de fracture entre impératifs sécuritaires, contrôle de l’information et libertés publiques dans le contexte togolais.
