À trois jours de la marche citoyenne annoncée par le front « Touche Pas À Ma Constitution », le climat politique togolais se tend. Le mouvement, connu pour son opposition farouche aux révisions constitutionnelles menées sans consultation populaire, appelle les autorités à garantir l’exercice des droits fondamentaux lors de la manifestation prévue le 30 août 2025. Dans une déclaration diffusée le 27 août, il insiste sur la légitimité de la démarche et met en garde contre toute dérive répressive. « Le pouvoir n’a aucun prétexte de trouble à l’ordre public », martèle le front, qui prévient contre l’utilisation de milices et réclame une sécurité totale pour les manifestants.
La marche, qualifiée de « citoyenne et pacifique », entend dénoncer la vie chère, la corruption, les arrestations jugées arbitraires et les conditions de détention des prisonniers politiques. « Nous invitons chaque Togolaise et chaque Togolais à se sentir libre de parcourir les trottoirs du Togo, dans un esprit civique et pacifique », peut-on lire dans le communiqué. Un appel qui résonne particulièrement à Lomé où, depuis plusieurs semaines, la grogne sociale s’est accentuée face à l’augmentation du prix du carburant et à la flambée des denrées alimentaires.
Cette mobilisation intervient dans un contexte institutionnel délicat. L’adoption d’une nouvelle Constitution au printemps dernier, sans consultation directe du peuple, a ravivé les tensions. Plusieurs organisations de la société civile accusent le pouvoir d’avoir verrouillé le jeu politique et d’imposer des restrictions « liberticides » à l’exercice des libertés publiques depuis 2019. De leur côté, les autorités invoquent régulièrement la préservation de l’ordre public pour justifier l’interdiction de marches ou de rassemblements. Un argument que contestent les rapporteurs spéciaux de l’ONU, lesquels ont rappelé à plusieurs reprises que le droit de manifester pacifiquement est garanti par les textes internationaux, dont l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le Togo.
Sur le terrain, la jeunesse organisatrice promet une démarche « responsable », en limitant l’occupation des rues aux trottoirs. Ce choix, selon le front, vise à démontrer que la contestation peut s’exprimer sans perturber la circulation ni provoquer de désordres publics. « C’est une preuve de maturité civique », commente un étudiant rencontré à l’université de Lomé, qui prévoit de prendre part à la marche. « Nous voulons montrer que la liberté d’expression ne rime pas forcément avec chaos. »
Mais la méfiance demeure. En 2017 et 2019, plusieurs marches avaient été violemment dispersées, parfois avec des bilans humains lourds. Des organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International et la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH), alertent déjà sur le risque d’un scénario similaire. « Nous appelons les forces de sécurité à faire preuve de retenue et de professionnalisme », insiste le front, qui va jusqu’à en appeler à la « responsabilité historique » de l’armée et de la gendarmerie.
Au-delà du caractère revendicatif, le 30 août s’annonce donc comme un test grandeur nature pour le gouvernement togolais. Dans un contexte marqué par l’installation imminente des nouveaux maires et les débats persistants sur la légitimité de la Ve République, la manière dont les autorités géreront cette mobilisation pèsera lourd sur leur image, tant à l’intérieur qu’à l’international. « L’histoire retiendra l’attitude des autorités face à cette expression légitime de la volonté populaire », conclut le communiqué du mouvement.
