L’enquête autour de la supposée disparition d’une tablette numérique à la Présidence du Conseil continue de connaître de nouveaux développements. Après l’audition du jeune Ahiatsi et de son père au cours des derniers jours, le journaliste Roger Amemavoh, promoteur du média en ligne Capture Média, a à son tour été entendu par le Service central de recherches et d’investigations criminelles (SCRIC).
Convoqué à la suite d’une invitation reçue la veille, le confrère s’est présenté ce dimanche à 10 heures dans les locaux du service d’enquête. Il n’en est ressorti qu’à 13h38, après près de trois heures et demie d’échanges avec les enquêteurs.
Cette audition intervient quelques jours après la publication par Capture Média d’un témoignage du jeune Ahiatsi et de son père. Selon leur version des faits, le jeune homme aurait remporté un prix de la Francophonie accompagné d’une tablette numérique. Reçu par un conseiller du Président du Conseil, il aurait choisi de dédier cette distinction au chef du gouvernement. Toujours selon ce récit, la tablette aurait ensuite disparu au niveau de la Présidence du Conseil.
La famille avance également qu’un autre jeune aurait été présenté à sa place lors d’une rencontre officielle avec le Président du Conseil et aurait bénéficié d’une bourse d’études. Des affirmations qui ont rapidement suscité des interrogations dans l’opinion publique et conduit à l’ouverture d’investigations afin d’établir les faits.
Après l’audition du principal concerné vendredi puis celle de son père samedi, les enquêteurs ont souhaité entendre Roger Amemavoh en tant qu’auteur de la publication ayant porté l’affaire sur la place publique.
À l’issue de son audition, le journaliste s’est voulu rassurant sur le déroulement de la procédure. « Tout s’est bien passé. Je n’ai pas été appréhendé », a-t-il déclaré.
Selon les informations recueillies, les échanges ont essentiellement porté sur ses relations avec le jeune Ahiatsi, les circonstances dans lesquelles il a été informé de l’affaire ainsi que les vérifications journalistiques effectuées avant la publication de son article.
L’un des points centraux de l’audition aurait concerné l’allégation selon laquelle un autre bénéficiaire aurait été présenté à la place du lauréat et aurait obtenu une bourse. D’après plusieurs sources, les enquêteurs auraient évoqué la possibilité de poursuites pour diffamation si les investigations démontraient que cette affirmation n’est pas fondée.
Pour sa part, Roger Amemavoh affirme avoir respecté les principes du traitement contradictoire de l’information en relayant à la fois la version de la famille Ahiatsi et celle des responsables de la Présidence du Conseil, sans prendre position sur le fond du dossier.
À l’issue de son audition, le journaliste a quitté librement les locaux du SCRIC. Une précision importante alors que plusieurs publications sur les réseaux sociaux faisaient état d’une prétendue arrestation ou d’un placement en garde à vue, des informations qui ne correspondent pas aux faits connus à ce stade.
L’affaire soulève néanmoins des interrogations au sein des milieux médiatiques. Plusieurs observateurs s’interrogent sur les modalités de la convocation d’un journaliste dans le cadre de l’exercice de sa profession, notamment au regard des questions liées à la protection des sources, à la liberté de la presse et au rôle des institutions de régulation du secteur.
Pendant ce temps, les investigations se poursuivent afin de faire la lumière sur les circonstances exactes de la disparition présumée de la tablette et sur les différentes allégations formulées par les protagonistes. À ce stade, aucune conclusion officielle n’a encore été rendue publique et plusieurs zones d’ombre demeurent dans un dossier qui continue d’alimenter le débat public au Togo.
