La nouvelle hausse des prix des produits pétroliers remet la question du pouvoir d’achat au cœur du débat politique togolais. Dans un communiqué signé à Lomé le 14 septembre 2026 par son président Jean-Pierre Fabre, l’Alliance nationale pour le changement (ANC) dénonce une décision qu’elle juge « socialement insoutenable et inacceptable » et demande au gouvernement de publier l’ensemble des éléments ayant conduit à la nouvelle grille tarifaire.
Depuis le 11 septembre, le litre de super sans plomb est vendu à 817 FCFA, contre 725 FCFA auparavant. Le gasoil est passé de 750 à 766 FCFA, le pétrole lampant de 1 040 à 1 056 FCFA et le mélange deux-temps de 811 à 896 FCFA. Cette révision intervient un peu plus de trois mois après celle du 27 mai 2026.
L’ANC insiste sur l’effet cumulé des deux hausses. Selon ses calculs, l’augmentation atteint désormais 20 % pour le super sans plomb, 10 % pour le gasoil, 62,5 % pour le pétrole lampant et 17 % pour le mélange deux-temps depuis le 27 mai. Ces pourcentages correspondent à la comparaison entre les tarifs antérieurs à la révision de mai et ceux actuellement appliqués.
Pour le parti d’opposition, cette nouvelle hausse intervient à un moment particulièrement sensible, à la veille de la rentrée scolaire du 14 septembre. Elle risque, selon lui, d’alourdir davantage les dépenses des ménages déjà confrontés aux frais de fournitures, d’uniformes, de scolarité et de transport.
« Le gouvernement RPT/UNIR vient une nouvelle fois d’augmenter les prix des produits pétroliers à la pompe, pour compter du 11 septembre 2026, à peine trois mois après la précédente hausse, et à la veille de la rentrée scolaire du 14 septembre 2026 », dénonce l’ANC dans son communiqué.
Le parti estime que le caractère transversal du carburant expose l’ensemble de l’économie aux répercussions de la hausse. Transporteurs, conducteurs de taxi-moto, commerçants, artisans, agriculteurs, salariés, fonctionnaires, étudiants et ménages figurent, selon l’ANC, parmi les catégories directement ou indirectement affectées.
Cette analyse intervient alors que les données économiques disponibles montrent déjà une pression accrue sur certains postes. En juillet 2026, les prix de l’énergie au Togo progressaient de 10,2 % sur un an et ceux du transport de 5,3 %. Sur trois mois, les prix du transport avaient augmenté de 4,1 %. La nouvelle hausse des carburants pourrait donc accentuer cette transmission aux coûts de mobilité et de transport des marchandises.
Le contexte international fournit toutefois un autre élément d’explication. Le marché pétrolier connaît depuis plusieurs mois de fortes tensions liées notamment au conflit au Moyen-Orient et aux risques pesant sur les routes maritimes. Le Brent évoluait autour de 106 dollars le baril le 10 septembre, après avoir dépassé 100 dollars en septembre. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, constitue notamment un facteur de risque pour les pays importateurs comme le Togo.
À cette pression extérieure s’ajoute la question des finances publiques. Le budget 2026 prévoit 14,2 milliards de FCFA de subvention aux produits pétroliers, contre près de 25 milliards en 2025. Le gouvernement avait déjà expliqué que le mécanisme d’approvisionnement et de fixation des prix vise notamment à amortir l’effet de la volatilité internationale sur les ménages.
C’est précisément sur la transparence de ce mécanisme que l’ANC veut désormais porter le débat. Le parti exige « la publication complète et détaillée des justificatifs de cette nouvelle augmentation », notamment les cours internationaux du pétrole, le coût réel de l’approvisionnement, la fiscalité, les taxes et prélèvements, les marges des différents intervenants ainsi que le mécanisme de formation des prix à la pompe.
L’ANC demande également le « rappel pur et simple » de la nouvelle grille tarifaire, l’adoption de mesures urgentes pour atténuer l’impact de la flambée des prix, particulièrement sur les populations vulnérables, ainsi que l’ouverture d’un « véritable débat national » sur la vie chère, la fiscalité, les politiques sociales et les choix économiques du pays.
Le parti relie enfin cette contestation économique au débat institutionnel. Il réitère sa demande d’une « réponse politique et institutionnelle claire » aux conclusions de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO concernant la réforme constitutionnelle de 2024. Pour l’ANC, les difficultés économiques ne doivent pas servir à détourner l’attention des questions relatives à « la légitimité, à la démocratie, à l’État de droit et au respect des engagements internationaux du Togo ».
L’ANC appelle ainsi les Togolais à « demeurer vigilants et mobilisés mais lucides », tout en affirmant que les revendications contre la vie chère ne doivent pas conduire à abandonner les questions institutionnelles qui, selon elle, déterminent l’avenir démocratique du pays.
La contestation intervient donc sur deux fronts. Sur le terrain économique, le gouvernement doit composer avec un environnement pétrolier international plus coûteux et des marges budgétaires contraintes. Sur le terrain politique, l’opposition réclame davantage de transparence sur le prix payé à la pompe et sur les choix économiques de l’État. Entre impératif de soutenabilité budgétaire et protection du pouvoir d’achat, la hausse du 11 septembre ouvre ainsi un nouveau débat sur le coût réel de l’énergie au Togo et sur la manière dont ce coût est réparti entre l’État, les opérateurs économiques et les consommateurs.
