Des années après, les anciens CV-AV ravivent la flamme du mouvement à Sogbossito

Ils ont milité pendant 30 ans, 20 ans, parfois 10, 5 ans ou davantage. Certains y ont consacré toute une vie. Ce dimanche 21 décembre 2025, à la paroisse Sainte Joséphine Bakhita de Sogbossito, les anciens membres du mouvement Cœurs Vaillants–Âmes Vaillantes (CV-AV) des diocèses de Kara et de Sokodé ont donné corps à une conviction partagée : on ne quitte jamais vraiment un mouvement qui a forgé l’enfance et structuré les valeurs. À l’occasion de la messe de 10 heures, troisième célébration dominicale de la journée, ces anciens ont prié, chanté, animé et fait des dons aux enfants du mouvement, dans une ambiance familiale et intergénérationnelle, marquée par la gratitude et la transmission.

Les fidèles lors de la messe

Depuis plusieurs années, ces anciens CV-AV ont fait le choix de rester présents auprès des plus jeunes, non plus comme simples souvenirs vivants, mais comme accompagnateurs actifs. Formations, messes d’action de grâce, animations et dons constituent désormais les leviers de leur engagement renouvelé. La rencontre de ce 21 décembre s’inscrit dans cette dynamique, désormais formalisée et assumée, après une première édition tenue précédemment.

Figure de cette génération, Thomas Yambote Takassi, plus de 40 années de militantisme au compteur, ne cache ni son émotion ni sa détermination. « J’ai milité depuis 1984 et jusqu’à ce jour, je suis toujours près des enfants, surtout dans la formation. Ma spécialité, c’est l’ambiance et l’animation », confie-t-il. Pour lui, la création d’un regroupement des anciens CV-AV répond à un besoin profond : « Nous sommes presque tous à Lomé aujourd’hui. Nous cherchions des voies et moyens pour nous retrouver et revivre l’ambiance de notre enfance. Cette fois-ci, nous avons voulu formaliser cela. C’est la deuxième édition, et je me réjouis beaucoup de voir l’adhésion et le soutien. »

Thomas Yambote Takassi

Au-delà de la célébration, le discours est sans détour sur les enjeux éducatifs contemporains. Thomas Yambote Takassi insiste sur le rôle irremplaçable de l’accompagnateur dans un contexte marqué par la montée en puissance des nouvelles technologies. « Un enfant ne peut pas s’accompagner lui-même. Il a besoin d’un guide. Nous devons être à côté des enfants, écouter ce qu’ils disent, analyser et les orienter. Aujourd’hui, on voit l’enfant avec sa tablette dans un coin et le parent dans un autre. Il n’y a plus de dialogue. Il faut briser cette façon de faire. » Pour lui, l’accompagnement est aussi un rempart contre les dérives sociales amplifiées par les réseaux sociaux et l’isolement numérique.

L’appel est clair et direct, d’abord aux parents. « La grande responsabilité incombe au parent. Il doit écouter son enfant, expliquer, montrer l’exemple, poser le téléphone, discuter, chanter, rire avec lui. Rester trop longtemps sur le téléphone ou la tablette n’est pas bon. Il faut expliquer les conséquences, sur la concentration, sur la santé, sur les valeurs. » Un message qui résonne fortement dans un Togo où la question de l’éducation des enfants, de la cohésion familiale et de la transmission des valeurs traditionnelles et spirituelles est de plus en plus débattue, notamment face à l’expansion rapide du numérique.

Olivier Sakran, membre du mouvement depuis 1994, partage la même ferveur. « On a toujours envie d’être enfant, de ne jamais grandir », sourit-il, avant d’ajouter : « Ce qui est beau, c’est qu’on s’est retrouvés entre anciens CV-AV, comme il y a 30 ans, et aujourd’hui nous sommes toujours ensemble. » Pour lui, la suite est évidente : « L’année prochaine, il faudra choisir une autre paroisse, faire encore mieux, retrouver d’autres enfants, les former, leur expliquer le bien-fondé du mouvement. »

Olivier Sankran

L’ancien CV-AV insiste aussi sur l’impact à long terme du mouvement. « Être ensemble dès le bas âge, on ne sait pas toujours ce qu’on forme, mais si cette entente peut perdurer jusqu’à la vie professionnelle, c’est une grande réussite. » Presque tous ses enfants sont aujourd’hui dans le mouvement, certains y étant « nés », dit-il, soulignant l’importance d’offrir aux plus jeunes des espaces d’épanouissement collectif loin de la télévision et des tablettes. « L’appel est clair aux parents : laissez les enfants venir à l’église, intégrer un mouvement comme le CV-AV. C’est dès le bas âge qu’on commence à connaître Dieu. »

Les enfants recevant des dons de bonnets, chapelets…

En rappel, fondé en France dans les années 30, le mouvement Cœurs Vaillants–Âmes Vaillantes est un mouvement d’Action catholique pour enfants, présent depuis des décennies au Togo et dans plusieurs pays africains. Il vise l’éducation humaine et spirituelle des jeunes à travers des activités ludiques, sportives, culturelles et de service, tout en promouvant des valeurs telles que la foi, la solidarité, l’honnêteté et l’entraide. Structuré en groupes d’âge, avec des responsables animateurs, il demeure un vivier de formation civique et morale.

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