Dans les marchés de Lomé comme dans les transports urbains de Cotonou, de Dakar ou de Bamako, la scène est devenue banale : un billet froissé, un peu déchiré ou une pièce ternie suscitent la méfiance, parfois le refus catégorique. Une pratique longtemps tolérée dans les échanges quotidiens mais que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a décidé de rappeler fermement à l’ordre. Alertée par des informations relayées dans la presse au sujet de ces refus répétés, l’institution d’émission a publié un communiqué sans ambiguïté : dans l’espace UEMOA, les billets et pièces qu’elle émet, même usés, conservent leur cours légal et doivent être acceptés sans restriction dans les huit pays membres de l’Union.
Du Bénin au Sénégal, en passant par le Mali, le Niger ou le Togo, le phénomène s’est accentué ces derniers mois, au point d’inquiéter l’autorité monétaire. Pour la BCEAO, il ne s’agit pas d’un simple désagrément du quotidien, mais d’une entorse aux règles en vigueur. En vertu des textes communautaires, tout refus d’un billet ou d’une pièce ayant cours légal constitue une infraction passible de sanctions. Vendeurs de biens et services, commerçants, transporteurs ou créanciers sont légalement tenus d’accepter ces moyens de paiement dans les transactions courantes.
Ce rappel à l’ordre intervient dans un contexte régional marqué par de fortes tensions économiques, une inflation persistante et une pression accrue sur le pouvoir d’achat. Pour de nombreux observateurs, le rejet des billets usés traduit à la fois une défiance diffuse vis-à-vis de la qualité de la monnaie en circulation et une crispation des échanges de proximité, où chaque transaction devient un enjeu. En se montrant ferme, la BCEAO entend préserver l’unité et la crédibilité du franc CFA, pilier monétaire commun à une région déjà fragilisée par des crises politiques et sécuritaires successives.
L’institution nuance toutefois son propos et précise les voies de recours existantes. Les billets mutilés, déchirés ou les pièces excessivement lisses ou altérées ne sont pas condamnés à rester indéfiniment dans les circuits informels. Ils peuvent être échangés directement aux guichets de la BCEAO. De même, les détenteurs de comptes bancaires ou de microfinance ont la possibilité de les déposer dans leurs établissements respectifs, où ils seront pris en charge et remplacés dans le circuit officiel.
