Face à une opinion publique bouleversée et dans un climat politique en pleine crise, la justice togolaise a rompu le silence. Dimanche 6 juillet 2025, le procureur de la République, Talaka Mawama, est monté au créneau pour apporter des éléments de réponse sur les macabres découvertes qui ont ponctué la fin du mois de juin à Lomé. À travers une déclaration diffusée sur la Télévision Togolaise (TVT), le magistrat a confirmé que cinq corps ont été repêchés dans les eaux lagunaires, notamment au niveau du 4e lac, en pleine capitale togolaise.
Ces découvertes surviennent dans le sillage des manifestations des 26, 27 et 28 juin 2025, durant lesquelles de nombreux Togolais, à l’appel notamment d’influenceurs sur TikTok, ont exprimé leur ras-le-bol contre la gouvernance du président du Conseil, Faure Gnassingbé, et la mise en place contestée de la Cinquième République. Ces protestations, sévèrement réprimées selon plusieurs ONG et partis de l’opposition, auraient fait plusieurs morts. Les images de cadavres flottant dans les eaux de la ville ont rapidement enflammé les réseaux sociaux, alimentant toutes sortes de spéculations et d’indignations sur un possible usage excessif de la force.
Mais le procureur, dans sa sortie, a appelé au discernement. Selon lui, les premières constatations des services de la police judiciaire indiquent que quatre des cinq corps retrouvés seraient morts par noyade, dont deux présentaient un état de décomposition avancé. Ces derniers, selon les précisions apportées, auraient trouvé la mort au moins 48 heures avant le début des manifestations, ce qui semble exclure leur lien direct avec les événements des jours suivants.
« L’état de ces corps a amené la famille à les récupérer en vue de leur inhumation. Selon les déclarations des membres de cette famille, les deux frères auraient quitté leur domicile le mercredi 25 juin 2025 pour se rendre à une fête et ne seraient plus revenus », a expliqué M. Mawama.
Le cinquième corps, quant à lui, n’a pas fait l’objet d’un examen médico-légal, ses proches ayant refusé toute autopsie, ce qui laisse planer une zone d’ombre sur les causes exactes du décès. Dans tous les cas, une enquête judiciaire a été ouverte pour déterminer les responsabilités et les circonstances exactes de ces décès. « Cette procédure judiciaire a pour objectif d’élucider davantage les circonstances et les causes exactes de la mort de ces personnes », a assuré le procureur.
Parallèlement, un bilan détaillé des arrestations opérées en marge des manifestations a été rendu public. 114 personnes ont été arrêtées, dont 87 ont déjà été remises en liberté. 18 ont été condamnées à 12 mois de prison, dont 11 mois assortis de sursis, à l’issue d’un procès tenu en procédure accélérée. 9 autres sont encore sous le coup d’une information judiciaire en cours.
La séquence politique reste explosive, à seulement quelques jours des élections municipales prévues pour le 17 juillet 2025. Alors que plusieurs voix s’élèvent pour réclamer le report du scrutin, au regard des violences récentes et du climat d’insécurité, le gouvernement reste inflexible, réaffirmant que toutes les mesures sont prises pour garantir la tenue du vote dans la sérénité. Reste à savoir si l’enquête sur les corps retrouvés dans les lagunes de Lomé, pourra véritablement apaiser les esprits ou si elle viendra, au contraire, renforcer le sentiment d’impunité et d’opacité dénoncé par une partie de la population.
