La région du Golfe est secouée par un épisode sans précédent. Israël a revendiqué mardi une « attaque ciblée » contre des hauts responsables du Hamas à Doha, capitale du Qatar. Selon l’armée israélienne, l’opération visait « les personnes directement responsables du massacre brutal du 7 octobre » 2023 en Israël. L’annonce est intervenue peu après des explosions entendues dans la ville et des colonnes de fumée aperçues dans le ciel.
Un responsable du Hamas a confirmé à la BBC que la délégation du mouvement islamiste chargée des négociations de cessez-le-feu à Gaza avait été visée alors qu’elle tenait une réunion. Cette attaque survient alors que Doha joue, depuis octobre 2023, un rôle central de médiateur entre Israël et le Hamas.
La réaction du Qatar a été immédiate. Son ministère des Affaires étrangères a condamné « dans les termes les plus énergiques possibles » une frappe qui a touché un immeuble résidentiel « où vivent plusieurs membres du bureau politique du Hamas ». Le porte-parole Majed Al Ansari a dénoncé une « violation flagrante du droit international » et une « grave menace » pour les habitants du Qatar. « L’État du Qatar affirme qu’il ne tolérera pas ce comportement imprudent d’Israël, ni toute action visant sa sécurité et sa souveraineté », a-t-il martelé.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a revendiqué l’opération sans détour : « Israël l’a lancée, l’a menée à bien et en assume l’entière responsabilité », a déclaré son bureau dans un communiqué. À Téhéran, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a qualifié l’action d’« atteinte à la souveraineté nationale du Qatar » et d’« avertissement sérieux à la région et à la communauté internationale ». L’Iran et Israël sont liés par un cessez-le-feu fragile depuis fin juin.
Pour de nombreux observateurs, cette frappe marque une escalade redoutée depuis plusieurs mois. Elle illustre la volonté de certains responsables israéliens de poursuivre une campagne de « règlement de comptes » contre les acteurs du 7 octobre, bien au-delà de Gaza, frappant également au Liban, en Syrie, au Yémen, en Iran et désormais au Qatar. « Elle crée un précédent extrêmement dangereux pour l’avenir des discussions de paix », analyse un diplomate basé dans le Golfe, rappelant que le Qatar avait déjà accueilli les pourparlers entre les États-Unis et les talibans avant 2021.
L’opération soulève par ailleurs des interrogations stratégiques majeures. Washington était-il informé de cette frappe, alors qu’elle visait le territoire d’un allié qui abrite la base américaine d’Al-Udeid, la plus grande du Moyen-Orient ? Comment ce précédent influera-t-il sur les relations déjà tendues entre les États-Unis et leurs partenaires arabes du Golfe, particulièrement sensibles à la question de la souveraineté nationale ?
Au Togo comme ailleurs sur le continent africain, où les opinions publiques sont de plus en plus attentives aux équilibres diplomatiques mondiaux, cette attaque nourrit un débat sur la fragilité des médiations internationales. Dans un contexte où Lomé cherche à se positionner comme espace de dialogue en Afrique de l’Ouest, l’épisode qatari rappelle que même les médiateurs les plus influents peuvent voir leur neutralité violemment compromise.
Reste une question très importante : si le Qatar, médiateur reconnu et allié stratégique de Washington, n’est plus considéré comme un lieu sûr pour les négociations, où pourra se tenir demain un dialogue crédible pour espérer un cessez-le-feu durable à Gaza ?
