Commune Golfe 5 : quand l’anarchie se « légalise »

Du mépris, de la négligence ou est-ce le poids des pesanteurs ? la question, les habitants de la commune Golfe 5 au niveau de carrefour Atilamonou se la posent sans cesse. En effet, malgré les dénonciations répétées, la mairie de la commune et le district autonome du Grand Lomé (DAGL) semblent entériner l’existence d’une décharge illégale dans le Golfe 5. Les riverains, excédés, dénoncent une « normalisation de l’anarchie » qui menace directement leur santé et leur environnement.

C’est un paradoxe qui illustre à lui seul les contradictions de la gouvernance urbaine au Togo : plutôt que de démanteler un dépotoir sauvage, la mairie du Golfe 5 et le District autonome du Grand Lomé (DAGL) semblent en train de l’institutionnaliser. Depuis plusieurs semaines, les riverains observent, médusés, qu’une clôture est en train d’être érigée autour de cette montagne de détritus qui empoisonne leur quotidien.

« On se plaint depuis longtemps que c’est un dépotoir sauvage, et maintenant on veut en faire une structure fixe », dénonce un habitant. « C’est grave. Qui a intérêt à ce que ce dépotoir reste là ? Est-ce qu’on se moque totalement de notre santé ? »

Le dépotoir sauvage Golfe 5

Une colère persistante, un silence assourdissant des autorités

Ce n’est pas la première fois que les riverains alertent. Deux longs articles avaient déjà mis en lumière, ces derniers mois, l’anarchie et l’inaction des autorités locales. Mais rien n’a changé. Pis encore : au lieu d’assainir, les autorités semblent vouloir contenir le dépotoir derrière un mur, comme si cela pouvait en atténuer les nuisances olfactives et de la nappe phréatique.

Or, les risques sont bien connus. Les ordures s’étendent jusqu’aux retenues d’eau. Elles infiltrent progressivement le sol, menaçant une nappe phréatique déjà fragile. Dans un quartier où la grande majorité des foyers dépendent encore de forages, la perspective est alarmante : « Cela signifie que si un forage est alimenté par une nappe souterraine polluée, nous consommons alors, dans nos foyers, de l’eau contaminée par ces ordures », explique un riverain.

Les conséquences sanitaires sont faciles à imaginer : maladies diarrhéiques, typhoïdes, affections cutanées… « Quant aux effets sur la santé, chacun peut en tirer ses propres conclusions », ajoute-t-il, amer.

Quand les arbres meurent, les hommes sont menacés

Au-delà des nuisances immédiates, odeurs pestilentielles, invasion de mouches, insalubrité, les habitants observent des signes plus inquiétants encore. Un champ de teck situé à proximité du dépotoir est en train de dépérir. « Les arbres qui sont en bordure n’ont plus de feuilles. Ils meurent. Si des tecks, qui poussent ici depuis dix ans, commencent à mourir, c’est qu’il y a un problème sérieux. Alors, pour nous qui vivons autour, les effets doivent être encore plus graves », s’inquiète un autre témoin.

 

Les feuilles des arbres tombent

Le constat dépasse le simple cadre local : il met en lumière l’incapacité chronique des autorités togolaises à planifier durablement la gestion des déchets. Selon les chiffres de l’ONU-Habitat, Lomé produit plus de 700 tonnes de déchets par jour, dont seule une fraction est collectée et traitée dans des conditions conformes aux normes environnementales. Le reste se retrouve dans des dépotoirs anarchiques, avec leur lot de pollutions et de drames sanitaires.

La question des intérêts cachés

Pourquoi une telle inertie ? Pourquoi la mairie et le DAGL préfèrent-ils contenir plutôt que délocaliser ? La question divise les habitants. Certains y voient un simple manque de moyens et une incapacité technique à assurer une gestion moderne des déchets. D’autres soupçonnent des intérêts économiques, voire fonciers, derrière le maintien du site.

« Il y a forcément des enjeux cachés », estime un habitant. « On ne peut pas comprendre autrement ce silence prolongé et ce refus de délocaliser le dépotoir ». Ce sentiment de méfiance est d’autant plus fort que la communication officielle brille par son absence. Ni la mairie du Golfe 5 ni le DAGL n’ont répondu aux sollicitations répétées des riverains. Une absence de transparence qui nourrit les rumeurs et accentue le fossé entre institutions et citoyens.

Une « normalisation » dangereuse

À travers cette clôture érigée autour du dépotoir, les riverains voient le symbole d’une dérive inquiétante : la normalisation de l’anarchie. « Contenir les ordures derrière un mur ne règle pas le problème. Cela envoie juste un signal : celui que le dépotoir est là pour rester », s’indigne un militant associatif.

En réalité, cette logique pourrait se révéler contre-productive. En voulant « encadrer » un dépotoir illégal, les autorités légitiment un système parallèle de gestion des déchets, hors de tout contrôle sanitaire, et exposent davantage les populations aux risques environnementaux.

Une bombe sanitaire et politique

À l’heure où le Togo cherche à moderniser son image et à attirer des investissements étrangers, cette affaire fait tache. Elle révèle la difficulté persistante à concilier urbanisation galopante, pression démographique et gestion durable des déchets. Elle rappelle aussi que la santé publique est parfois reléguée au second plan derrière des logiques opaques.

Dans un pays où les infrastructures de base peinent à suivre la croissance urbaine, la gestion des ordures devient un enjeu politique majeur. À défaut d’une réaction rapide et ferme, la crise du dépotoir du Golfe 5 pourrait bien se transformer en scandale national.

« Nous n’allons pas nous taire », préviennent les riverains. « Si les autorités refusent d’écouter, nous continuerons à témoigner, à alerter, et à interpeller la conscience collective. Parce que ce qui est en train de se jouer ici, ce n’est pas seulement notre confort de vie, c’est notre santé et celle de nos enfants. »

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