Gestion des déchets urbains : un dépotoir sauvage dicte sa loi derrière le marché d’Agbalépédogan

À quelques pas d’un marché animé, où s’échangent chaque jour vivres et espoirs, un autre spectacle s’impose : celui d’un dépotoir à ciel ouvert, envahissant, presque irréel. Odeurs âcres, nuées de mouches, déchets en putréfaction, ici, l’insalubrité n’est plus une dérive marginale, elle devient paysage. À Lomé, derrière le marché d’Agbalépédogan, l’insalubrité ne se cache plus, elle s’expose, au regard de tous, révélant au grand jour les failles d’un système urbain débordé. Dans la commune du Golfe 5, l’installation d’une décharge à ciel ouvert au cœur d’un quartier habité ravive les inquiétudes sanitaires et met en lumière les limites persistantes de la gouvernance locale en matière d’assainissement.

À quelques mètres du marché d’Agbalépédogan, dans la commune du Golfe 5, l’air est lourd, chargé d’odeurs nauséabondes. Là où devraient circuler riverains et commerçants, s’étend désormais un dépotoir sauvage, installé à même le sol, au vu et au su de tous. Une réalité qui scandalise autant qu’elle interroge, dans une capitale togolaise régulièrement confrontée à la problématique de l’insalubrité urbaine. Après le cas déjà dénoncé d’Atilamonou, un autre foyer d’ordures à ciel ouvert vient ainsi alourdir le tableau dans cette même commune du Grand Lomé.

Un dépotoir toléré, voire installé collectivement

Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, la décharge ne s’est pas constituée de manière clandestine. Au contraire, elle aurait émergé progressivement, avec une forme de tolérance, voire d’acceptation, de la part des riverains, des autorités de quartier et, selon certains, des services municipaux.

M. Noël, présenté comme responsable des ramasseurs d’ordures dans la zone, décrit une situation devenue incontrôlable : « Quand on vient ramasser, on envoie ça où ? Le centre d’enfouissement est loin. Au départ, la mairie n’avait pas accepté. Nous sommes allés voir le chef du quartier, et c’est lui qui a fini par accepter parce qu’il n’y a plus de place pour jeter les déchets ailleurs. »

Dans ses propos, parfois confus, mais révélateurs, se dessine une réalité structurelle : l’absence d’espaces formels de dépôt et la saturation des circuits de collecte. Une situation qui pousse habitants et prestataires à improviser, au mépris des règles d’hygiène.

Entre incivisme et manque d’infrastructures

Au-delà de la question institutionnelle, les comportements individuels sont également pointés du doigt. Le responsable évoque notamment des pratiques d’incivisme récurrentes : « Si vous restez ici un moment, vous allez voir des jeunes venir faire leurs besoins là-bas. Ce n’est pas seulement les ramasseurs, ce sont aussi les habitants eux-mêmes qui ont ouvert ce dépotoir. »

Golfe 5, Marché d'Agbalépédogan
Le dépotoir vu de loin

Dans ce quartier densément peuplé, l’absence d’infrastructures sanitaires adéquates semble aggraver la situation. Certains habitants reconnaissent ne pas disposer de solutions alternatives pour se débarrasser de leurs déchets ou satisfaire des besoins élémentaires.

Des riverains entre indignation et résignation

Sur le terrain, les réactions oscillent entre colère et fatalisme. À proximité immédiate du marché, plusieurs vendeuses dénoncent un environnement devenu invivable. Maman Afi, commerçante de produits vivriers, s’indigne : « Nous vendons à côté des ordures. Les mouches sont partout. Les clients se plaignent, mais on n’a pas le choix. C’est notre gagne-pain. » À quelques mètres, une autre vendeuse ne voulant s’identifier affirme ne pas comprendre comment une telle situation a pu s’installer : « On a vu les tas d’ordures grandir petit à petit. Personne n’a réagi à temps. Aujourd’hui, c’est trop tard. »

D’autres habitants, en revanche, adoptent un discours plus nuancé. Certains disent ignorer les mécanismes de gestion des déchets ou ne pas savoir vers qui se tourner. « On jette là parce qu’on ne sait pas où aller », confie un jeune du quartier. « Les poubelles publiques sont rares, et quand elles existent, elles débordent. »

Un risque sanitaire majeur

Au-delà de la nuisance visuelle et olfactive, les conséquences sanitaires inquiètent. Le dépotoir constitue un terrain propice à la prolifération de bactéries, de moustiques et de rongeurs. À proximité immédiate, le marché d’Agbalépédogan expose directement les denrées alimentaires à ces risques. Fruits, légumes et produits transformés sont vendus dans un environnement contaminé, augmentant les risques de maladies hydriques et infectieuses.

Dans une ville comme Lomé, où les épisodes d’inondations et les problèmes d’assainissement sont régulièrement signalés, ce type de situation renforce la vulnérabilité des populations. Ces dernières années, plusieurs quartiers de Lomé ont été confrontés à la multiplication de dépotoirs sauvages, souvent liés à des défaillances dans la chaîne de collecte et de traitement des déchets. Malgré les efforts annoncés par les autorités pour moderniser la gestion des déchets, notamment à travers des partenariats avec des opérateurs privés, le terrain révèle des insuffisances persistantes : manque de coordination, insuffisance d’infrastructures, sensibilisation limitée des populations.

Gouvernance locale en question

L’affaire du dépotoir derrière le marché d’Agbalepedogan pose ainsi une question centrale : celle de la responsabilité. Si certains habitants pointent du doigt la mairie, d’autres évoquent la responsabilité partagée entre autorités locales, chefs de quartier et citoyens. Une chaîne de responsabilités diluée qui complique toute réponse efficace. Car au-delà des discours, c’est la capacité des autorités à anticiper, encadrer et sanctionner qui est interrogée. La mairie est interpellée ici pour faire valoir sa responsabilité.

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