Assemblées de la BAD : Yves Castanou plaide pour un choc d’investissements numériques en Afrique

En marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), le directeur général de Congo Télécom, Yves Castanou, a lancé un appel en faveur d’une accélération des investissements dans les infrastructures numériques, estimant que l’avenir économique du continent dépendra largement de sa capacité à renforcer sa connectivité et sa souveraineté technologique.

Intervenant lors d’un panel consacré à la souveraineté financière africaine, puis dans un entretien accordé à Financial Afrik, le dirigeant congolais a défendu une vision pragmatique du développement numérique, fondée avant tout sur la construction d’infrastructures robustes plutôt que sur la seule multiplication des programmes de formation ou des réformes réglementaires.

Pour Yves Castanou, l’Afrique accuse encore un déficit important dans les équipements structurants qui conditionnent l’essor de l’économie numérique. Réseaux de télécommunications, fibre optique, centres d’interconnexion et systèmes de transport de données constituent, selon lui, les fondations indispensables de la transformation digitale.

« Sans ces infrastructures de base, il est difficile de parler efficacement de digitalisation, de cybersécurité ou encore de centres de données », a-t-il souligné.

Le responsable de Congo Télécom estime également que les institutions financières internationales et les partenaires techniques devraient réorienter davantage leurs financements vers les infrastructures physiques. Selon lui, de nombreux programmes de développement ont longtemps privilégié le renforcement des capacités humaines et institutionnelles, laissant persister des insuffisances majeures dans les réseaux de connectivité.

Cette réflexion trouve un écho particulier dans plusieurs pays africains où la transformation numérique est devenue une priorité stratégique. Au Togo, par exemple, les autorités multiplient depuis plusieurs années les investissements dans la fibre optique, la digitalisation des services publics et le développement des infrastructures numériques afin de soutenir l’ambition du pays de devenir un hub régional des services et de l’économie numérique.

Au Congo, Yves Castanou alerte sur les conséquences potentielles du retard accumulé. À défaut d’investissements rapides et massifs, le pays pourrait être confronté dans les prochaines années à des interruptions récurrentes de services, notamment en raison de la vulnérabilité des câbles terrestres et sous-marins qui assurent l’essentiel du trafic numérique.

Pour répondre à ces défis, Congo Télécom a engagé plusieurs projets structurants de déploiement de fibre optique à haute capacité destinés principalement aux opérateurs de télécommunications ainsi qu’aux secteurs minier et forestier, deux piliers de l’économie congolaise.

L’entreprise publique mise également sur le renforcement des interconnexions régionales. Des projets sont en cours avec l’Angola afin de réduire la dépendance à une liaison unique considérée comme un point de fragilité stratégique. D’autres connexions sont développées avec la République centrafricaine, le Gabon et le Cameroun. Ces infrastructures devraient également contribuer à améliorer la qualité de la connectivité dans certaines zones enclavées de la sous-région, notamment du côté de Mbandaka, en République démocratique du Congo.

Selon Yves Castanou, ces investissements présentent une rentabilité relativement rapide, avec un retour sur investissement estimé à environ cinq ans. Cette perspective explique la volonté de Congo Télécom de diversifier ses sources de financement et de s’ouvrir davantage aux partenariats industriels et financiers.

« Nous ne dépendons plus uniquement de l’État : nous cherchons des opérateurs et investisseurs capables de cofinancer ces infrastructures stratégiques », a-t-il affirmé.

À travers cette prise de position, le patron de Congo Télécom relance un débat de plus en plus présent sur le continent : celui de la souveraineté numérique africaine. Alors que les besoins en connectivité explosent sous l’effet de l’intelligence artificielle, des centres de données, du commerce électronique et des services numériques, plusieurs experts estiment que la compétitivité future de l’Afrique passera inévitablement par un investissement massif dans les infrastructures capables de soutenir cette nouvelle économie.

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