Affaire Madjoulba : la justice militaire frappe fort, peine alourdie pour l’ex-chef d’état-major Abalo Kadangha

La cour d’appel militaire a rendu, ce vendredi 27 février 2026, un verdict particulièrement attendu dans l’affaire de l’assassinat du colonel Bitala Madjoulba, ancien commandant du 1er Bataillon d’Intervention Rapide (1er BIR), dont la mort en 2020 continue de hanter les rangs des Forces armées togolaises et de nourrir un débat national persistant sur la vérité judiciaire et la responsabilité au sommet de l’appareil sécuritaire.

Au terme de deux semaines d’audiences marquées par des interrogatoires soutenus, des témoignages parfois chargés d’émotion et des affrontements juridiques entre accusation et défense, la juridiction militaire a choisi de durcir sensiblement les sanctions prononcées en première instance, confirmant ainsi la ligne défendue par le parquet général lors du procès en appel.

La décision la plus lourde vise le général de division Félix Abalo Kadangha, ancien chef d’état-major général des Forces armées togolaises. Déjà condamné à 20 ans de réclusion criminelle lors du premier jugement, il voit sa peine portée à 30 ans, assortie d’une destitution de son grade militaire. Une sanction exceptionnelle qui marque la chute judiciaire d’un officier ayant occupé l’un des postes les plus stratégiques du dispositif sécuritaire national. Selon des témoins présents à l’audience, l’annonce de cette condamnation a provoqué stupeur et murmures dans la salle, illustrant le poids symbolique de la décision.

La cour a également alourdi ou confirmé plusieurs condamnations. Le colonel Ali Kodjo écope désormais de 20 ans de réclusion, tout comme le commandant Bouwè Palakiyem, reconnu coupable dans ce dossier. En revanche, la juridiction a confirmé la relaxe du lieutenant-colonel Agbongou Komlan Senam, commandant en second du 1er BIR au moment des faits, une décision accueillie avec soulagement par ses proches après plusieurs années de procédure.

Le dossier trouve son origine dans la nuit de mai 2020, lorsque le colonel Madjoulba avait été retrouvé mort dans son bureau au camp militaire de Lomé, quelques heures seulement après l’investiture du président Faure Gnassingbé. Les expertises médico-légales avaient conclu à un tir mortel au cou, effectué avec l’arme de service de la victime, une conclusion qui avait immédiatement alimenté soupçons, controverses et spéculations au sein de l’armée comme dans l’opinion publique.

Depuis l’annonce du drame, cette affaire s’est imposée comme l’un des contentieux judiciaires et sécuritaires les plus sensibles de ces dernières années au Togo, révélant les tensions internes et les enjeux de discipline au sein de la hiérarchie militaire. Le verdict d’appel, plus sévère que celui rendu en première instance, apparaît ainsi comme un signal de fermeté envoyé par la justice militaire dans un contexte national où les exigences de transparence et de redevabilité institutionnelle se renforcent progressivement.

Reste toutefois une interrogation largement partagée par les observateurs et une partie de l’opinion : si la décision judiciaire clôt juridiquement la procédure en appel, elle ne dissipe pas totalement les zones d’ombre qui entourent encore les circonstances exactes du drame.

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