Inondations : le Togo mise des milliards pour éviter des catastrophes

Face à la multiplication des inondations, des épisodes climatiques extrêmes et des dégâts enregistrés ces dernières années dans plusieurs régions du pays, le Togo tente de changer de stratégie. Longtemps centrée sur la gestion d’urgence après les catastrophes, l’approche des autorités togolaises s’oriente désormais vers l’anticipation. C’est dans cette logique que le gouvernement togolais et la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) ont signé, mardi 5 mai 2026 à Lomé, un accord de financement de 15,3 milliards FCFA, soit environ 27,7 millions de dollars, destiné au Projet de renforcement de la résilience des communautés vulnérables dans les zones à haut risque climatique et de catastrophe, baptisé SAPO 48.

Les documents ont été paraphés par le ministre de l’Économie et des Finances, Georges Essowè Barcola, et le vice-président de la BOAD, Abdoulaye Daffé. Ce financement intervient après l’approbation du projet, en février 2025, par le conseil d’administration du Fonds vert pour le climat, dont la BOAD est un partenaire opérationnel dans l’espace ouest-africain. Il s’agit du premier projet individuel du Togo financé directement par ce mécanisme international dédié à la lutte contre les effets du changement climatique.

Le programme vise à protéger près de 9 millions de personnes, avec environ 1,3 million de bénéficiaires directs. Dans un pays régulièrement confronté aux crues, aux érosions côtières et aux perturbations climatiques affectant aussi bien les zones rurales qu’urbaines, les autorités veulent renforcer les dispositifs d’alerte et les capacités de réaction des communautés exposées. Le projet prévoit notamment l’amélioration des services d’information climatique, le déploiement d’un système d’alerte précoce multirisque ainsi que la création de mécanismes de financement d’urgence fondés sur les prévisions météorologiques.

« Anticiper, c’est sauver des vies, préserver les moyens de subsistance et protéger les investissements publics », a déclaré le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Calixte Madjoulba. Une sortie qui fait écho aux dégâts enregistrés ces dernières années dans plusieurs localités du pays, notamment à Lomé et dans la région Maritime, où les fortes pluies ont souvent provoqué des inondations, des déplacements de populations et des pertes économiques importantes.

Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse désormais la seule réponse humanitaire. « Investir dans la résilience, c’est aussi protéger nos finances publiques et éviter des coûts bien plus élevés pour la collectivité », a souligné Georges Essowè Barcola. Derrière cette déclaration se cache une réalité budgétaire de plus en plus préoccupante pour les États africains : les catastrophes climatiques pèsent lourdement sur les dépenses publiques et fragilisent des économies déjà exposées aux tensions inflationnistes et aux crises énergétiques.

Le choix du Togo de renforcer les mécanismes de prévention intervient également dans un contexte régional marqué par une intensification des politiques climatiques soutenues par les bailleurs internationaux. Plusieurs pays ouest-africains cherchent aujourd’hui à accéder davantage aux financements verts pour renforcer leur résilience face aux effets du dérèglement climatique.

Dans cette dynamique, Lomé prépare déjà un autre programme, le Projet de reconstruction et de soutien aux communautés post-catastrophes climatiques (PRECO-Togo), qui devrait lui aussi bénéficier d’un financement du Fonds vert pour le climat via la BOAD. Une manière pour les autorités togolaises d’installer progressivement la question climatique au cœur des politiques publiques, dans un pays où les catastrophes naturelles cessent peu à peu d’être des événements exceptionnels pour devenir un défi structurel.

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