Togo/Médias : changement de figure à la tête de l’OTM

L’Observatoire togolais des médias (OTM) change de président. Élu le vendredi 9 octobre 2026, Abass Issaka, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Magnan Libéré, succède à Fabrice Pétchézi, du journal Le Libéral, au terme de deux mandats. Il entame un mandat de 3 ans avec une ambition affichée : faire de l’organe d’autorégulation un acteur de référence pour la défense de la liberté de la presse, la promotion de l’éthique et la formation des professionnels des médias.

« En acceptant de nous porter à la tête de l’Observatoire Togolais des Médias, nous mesurons avec gravité l’ampleur de la mission que vous venez de nous confier », a déclaré le nouveau président à l’issue de son élection. Pour lui, l’OTM doit rester indépendant des organisations syndicales et patronales afin de remplir sa fonction de vigie professionnelle. « L’OTM n’est pas un syndicat. L’OTM n’est pas un patronat. L’OTM est la conscience de notre profession. Il est notre miroir, il est notre tribunal que nous-même nous avons mis en place », a-t-il affirmé, rendant hommage à l’équipe sortante pour avoir maintenu l’organisation comme « sentinelle de l’éthique et de la déontologie, dans un paysage médiatique de plus en plus complexe ».

Abass Issaka estime que la presse privée togolaise bénéficie d’une liberté importante, mais que celle-ci est fragilisée par des pressions externes et des pratiques internes. « Plus de 100 journaux, des centaines de sites, des radios partout. Mais cette liberté est menacée de l’intérieur comme de l’extérieur », a-t-il averti. Parmi les facteurs de fragilité, il cite la précarité économique des médias, les pressions, les discours de haine et les fausses informations amplifiées par l’intelligence artificielle. À ces défis s’ajoutent, selon lui, la course au scoop sans vérification, la diffamation, le manque de recoupement et le « journalisme de buzz ». « Si nous ne nous régulons pas nous-mêmes, d’autres le feront à notre place, et avec moins de douceur », a-t-il prévenu.

Pour traduire cette ambition en actions, le nouveau président entend structurer son mandat autour de trois verbes : observer, alerter et former. L’OTM prévoit ainsi de renforcer sa mission de veille et de publier chaque trimestre un baromètre de l’éthique. « Sans tabou, sans chasse aux sorcières. Nous dirons ce qui va bien, et nous nommerons ce qui ne va pas. Nous serons le thermomètre, pas le gendarme », a expliqué Abass Issaka.

Le deuxième axe porte sur la protection des journalistes et la défense du public. « Nous serons la voix qui alerte quand un journaliste est menacé, mais aussi la voix qui alerte quand un journaliste menace l’éthique. Nous défendrons la liberté de presse devant la HAAC et les tribunaux, mais nous défendrons aussi le public contre les dérives de la presse », a-t-il déclaré.

La formation constitue le troisième pilier du programme. Des « cliniques d’éthique » devraient être organisées dans les 5 régions du Togo, autour de sujets comme la couverture des élections, le traitement des conflits et la vérification des informations générées par l’intelligence artificielle. « La plupart de nos manquements viennent de l’ignorance, pas de la malveillance. […] L’éthique n’est pas un slogan, c’est une technique qui s’apprend », a-t-il soutenu. Il dit vouloir faire de l’OTM un « grand frère » plutôt qu’un tribunal répressif, capable d’accueillir les plaintes des citoyens qui s’estiment diffamés.

Le nouveau président a également annoncé le renforcement du Comité de protection des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme, mis en place dans le cadre du projet « Promouvoir la liberté d’expression et protéger les défenseurs des droits de l’homme », exécuté par le consortium OTM-Institut Panos-FAMEDEV. L’objectif annoncé est de rendre ce mécanisme plus opérationnel.

Cette feuille de route intervient alors que la profession reste confrontée à des défis économiques, déontologiques et numériques. En 2026, l’OTM a notamment mis en avant la viabilité économique des entreprises de presse, la transparence de leur gestion et l’éducation aux médias comme des priorités. De son côté, la Haute Autorité de régulation de la communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC), anciennement HAAC, a multiplié les rappels sur les responsabilités professionnelles et les enjeux de la communication numérique. Le Code de la presse et de la communication confie à l’OTM la mission d’autorégulation, tandis que la HARC assure la régulation des médias. Leur complémentarité sera déterminante pour concilier liberté d’informer, respect des règles professionnelles et protection des citoyens.

Journaliste depuis 1998, Abass Issaka a commencé sa carrière au sein du journal Regard. Depuis 2006, il dirige Le Magnan Libéré, présenté comme l’un des hebdomadaires les plus anciens et les plus réguliers du paysage médiatique togolais. Il a occupé à plusieurs reprises des fonctions de conseiller au sein de l’OTM, participé aux activités de l’Union des journalistes indépendants du Togo (UJIT) et exercé comme secrétaire général du Conseil national des patrons de presse (CONAPP) de 2008 à 2014. Il est toujours membre du CONAPP.

Le nouveau bureau

Le nouveau bureau est composé d’Abass Issaka (UJIT), président ; Vignon Louyah (SAINJOP), vice-président ; Ayékinam Gnamssou (SAINLICO), secrétaire général ; Estelle Koudjonou (CONAPP), trésorière générale ; Sylvestre Beni (PPT), rapporteur ; Noélie Assogbavi (URATEL), membre ; Yibokou-Mensah (SYNJIT), membre ; Albert Agbeko (ATOPPEL), membre ; Uriel Egnan (CONAPP), membre ; N’lipibe Mathias Gbegbeni (SAINJOP), membre ; Bayeti Kolani (SAINLICO), membre ; et Avouletey Codjo (UJIT), membre. Honoré Adontui est désigné premier commissaire aux comptes et Thierry Affanoukoe, deuxième commissaire aux comptes.

Pour Abass Issaka, la réussite de ce mandat dépendra de l’unité des organisations de presse membres et de leur engagement collectif. Reste désormais à transformer les promesses en mécanismes concrets : la publication régulière du baromètre, la tenue effective des formations dans les cinq régions et le renforcement de la protection des journalistes seront les premiers indicateurs de la nouvelle dynamique annoncée.

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