Naufrage d’un cargo battant pavillon togolais : la Syrie s’en mêle

La Syrie réclame une enquête indépendante et transparente sur le naufrage de l’Alfa Watan, un cargo battant pavillon togolais coulé après une attaque de drone en mer Noire. Dix marins, dont neuf Syriens et un Égyptien, sont portés disparus. Au-delà de l’origine de l’attaque, Damas conteste l’arrêt des recherches par les autorités bulgares avant que le sort de l’équipage ne soit établi.

Dans une démarche officielle annoncée jeudi 8 octobre 2026, les autorités syriennes ont saisi l’Organisation maritime internationale (OMI) et les autorités bulgares afin qu’une enquête indépendante fasse la lumière sur les circonstances du naufrage. Le navire a été frappé le mardi 6 octobre dans la zone économique exclusive de la Bulgarie, à environ 70 milles nautiques, soit 130 kilomètres, de ses côtes. L’auteur de l’attaque n’a, à ce stade, pas été identifié.

La décision bulgare de mettre fin aux opérations de recherche a cristallisé les interrogations. Mercredi, le vice-amiral Rumen Nikolov a annoncé qu’aucune trace des marins n’avait été retrouvée et que les recherches ne reprendraient pas. Pour Mazen Aloush, directeur des relations internationales et de la coopération de l’Autorité générale syrienne des ports et des douanes, l’enquête doit notamment déterminer pourquoi les secours ont été interrompus avant que le sort des dix membres d’équipage soit éclairci.

Damas demande que toutes les ressources techniques disponibles soient mobilisées pour localiser et examiner l’épave. Les autorités syriennes souhaitent également que le dossier ne soit pas clos avant l’exploration de toutes les pistes permettant d’établir les faits. Mazen Aloush a condamné le ciblage d’un navire commercial civil, qu’il considère comme une grave menace pour la sécurité maritime, la vie des marins et les routes commerciales internationales. Il appelle les organismes spécialisés à renforcer la protection des navires marchands et de leurs équipages en mer Noire.

L’incident s’inscrit dans un environnement maritime dégradé par la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Le 6 octobre, deux navires commerciaux ont été touchés par des drones dans la zone économique exclusive bulgare. L’Alfa Watan a sombré, tandis qu’un second cargo, l’Able, battant pavillon de Palau, a été endommagé et son équipage secouru. Ces attaques ont ravivé les inquiétudes sur l’extension des risques liés au conflit aux routes commerciales de la mer Noire.

La Russie est évoquée dans les déclarations publiques, mais sa responsabilité n’est pas établie. Le Premier ministre bulgare, Rumen Radev, a estimé que certains éléments, notamment la cargaison et la trajectoire des navires, pouvaient orienter les soupçons vers Moscou, tout en reconnaissant l’absence de preuves permettant d’attribuer directement l’attaque à la Russie. L’ambassade russe à Sofia a, pour sa part, nié que l’Alfa Watan ait figuré parmi les cibles de ses drones. Ces déclarations contradictoires ne remplacent pas les conclusions d’une enquête indépendante.

Pour le Togo, le naufrage soulève aussi la question du pavillon national. Si l’immatriculation d’un navire ne signifie pas nécessairement qu’il appartient à des intérêts togolais, elle place le pays au centre de l’attention dès lors qu’un bâtiment enregistré sous son pavillon est impliqué dans un incident international. Les informations disponibles identifient l’Alfa Watan comme un navire battant pavillon togolais et appartenant à des intérêts turcs. Elles ne permettent toutefois pas, à elles seules, de conclure à un manquement des autorités togolaises en matière de contrôle maritime.

Aucune réaction officielle togolaise n’est rapportée dans les informations consultées. La priorité demeure l’établissement des circonstances du naufrage et du sort de l’équipage. Mais cette affaire rappelle également l’importance de la traçabilité des navires immatriculés sous pavillon national, du respect des obligations internationales et de la coopération entre États lorsque la sécurité maritime est en jeu.

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