RSE et droits des femmes au travail : la société civile togolaise appelée à jouer sa partition

Au Togo, la Responsabilité sociale des entreprises (RSE) est de plus en plus perçue comme un levier stratégique pour lutter contre les inégalités professionnelles et les violences basées sur le genre. C’est dans cette dynamique que s’inscrit le projet Entreprises engagées pour la Protection des Femmes et des Filles (EP2F), financé par l’Union européenne et mis en œuvre par CARE France, avec CARE Bénin-Togo, le Groupe de réflexion et d’action, Femme, Démocratie et Développement (GF2D) et Nouvelles Alternatives pour le Développement Durable en Afrique (NADDAF). L’ambition est claire : faire de la société civile togolaise un acteur central du dialogue entre entreprises, pouvoirs publics et communautés, afin de transformer en profondeur les pratiques de travail et de dépasser une RSE limitée au simple mécénat.

Le projet EP2F repose sur un constat largement partagé par les acteurs du développement : malgré un arsenal juridique relativement fourni en matière de promotion des droits des femmes, les discriminations, les inégalités salariales et les violences basées sur le genre persistent dans les entreprises, qu’elles soient multinationales, grandes, moyennes, petites ou très petites. Dans ce contexte, les organisations de la société civile (OSC) apparaissent comme des relais incontournables pour assurer la veille citoyenne, mobiliser les communautés, interpeller les décideurs et accompagner les entreprises vers des pratiques plus responsables.

C’est précisément pour renforcer ce rôle que le projet EP2F mise sur le renforcement des capacités des OSC, afin de les rendre plus crédibles, plus structurées et plus influentes dans leurs actions de plaidoyer. L’objectif est de transformer la RSE en un véritable outil d’émancipation économique des femmes et de prévention des violences, et non en une série d’actions ponctuelles sans impact durable. « On ne peut pas engager les entreprises à respecter la RSE sans la participation effective, réelle et impactante des organisations de la société civile », a rappelé Nicole Abouyo, gestionnaire principale du projet EP2F, lors d’une rencontre de réflexion organisée dans ce cadre le vendre12 décembre à Lomé. « Les OSC jouent un rôle de veille, de mobilisation sociale, d’alerte et de plaidoyer. Elles ne sont pas là pour se substituer aux forces de l’ordre, mais pour créer une pression citoyenne constructive afin que les droits des femmes et des filles soient respectés », a-t-elle insisté.

Cette rencontre marque une étape décisive dans la structuration d’un réseau national des OSC engagées sur les questions de RSE. Un regroupement existait déjà de manière informelle, mais ses activités faisaient face à un défi majeur de performance et de structuration. Avec l’appui de l’Union européenne, NADDAF, co-demandeur du projet EP2F, a proposé de redynamiser ce réseau et de l’accompagner jusqu’à sa formalisation. L’objectif est de mettre en place une véritable plateforme dénommée « OSC Togo–RSE », capable d’élargir sa base de membres, de renforcer sa gouvernance et d’accroître son impact au niveau national.

La rencontre de réflexion a ainsi réuni 20 organisations de la société civile issues des cinq régions du Togo. Elle a permis de poser les bases d’un diagnostic institutionnel et fonctionnel du réseau, d’évaluer son niveau de performance et d’identifier les besoins en renforcement des capacités. Les participants ont travaillé sur un module consacré à la définition, aux enjeux et aux défis de la RSE, avant de se pencher, en groupes, sur les contributions à apporter à la future charte de la plateforme et à la lettre d’engagement des OSC.

À l’issue de cette dynamique, plusieurs résultats sont attendus : l’adoption d’une charte de constitution de la plateforme RSE–SC Togo, le renforcement des capacités de 20 acteurs de la société civile sur les enjeux de la RSE, l’identification claire des besoins en formation des OSC membres, ainsi que l’élaboration de livrables structurants, notamment un rapport d’activités, une charte en cours de validation, une lettre d’engagement des OSC et un plan de renforcement des capacités en matière de RSE.

Au-delà de l’exercice organisationnel, les enjeux sont éminemment politiques et sociaux. Dans un pays où les autorités affichent leur volonté de promouvoir l’égalité de genre et où les partenaires techniques et financiers soutiennent des réformes en faveur du travail décent, la structuration d’une société civile forte et coordonnée apparaît comme un maillon essentiel. « Certes, le Togo dispose d’un arsenal juridique important qui promeut les droits des femmes, mais dans la réalité, les femmes et les filles continuent de vivre de multiples violences », a souligné Nicole Abouyo. Pour elle, le défi réside désormais dans la capacité des OSC à transformer les textes en pratiques concrètes, en accompagnant les entreprises et en interpellant les décideurs lorsque cela s’avère nécessaire.

Les perspectives ouvertes par le projet EP2F sont donc multiples. À court terme, il s’agit de créer une plateforme nationale crédible, capable de parler d’une seule voix sur les enjeux de RSE et de droits des femmes au travail. À moyen et long termes, l’ambition est d’ancrer durablement des normes de travail équitables et inclusives, et de faire de la RSE un pilier de la gouvernance économique au Togo. Un chantier exigeant, mais porteur d’espoir dans un contexte où la société civile est de plus en plus appelée à jouer un rôle de contrepoids et de force de proposition pour un développement plus juste et plus humain.

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