Et si l’igname passait bientôt des champs aux assiettes des écoliers togolais ? Le gouvernement envisage d’introduire des produits dérivés de ce tubercule dans les cantines scolaires, avec un double objectif : diversifier les repas servis aux élèves et stimuler la consommation des productions agricoles locales.
L’annonce a été faite samedi 5 septembre 2026 à Guérin-Kouka par le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, représentant le Président du Conseil, à l’occasion de l’apothéose de la 62ᵉ édition de D’pontre/N’nidak, la fête traditionnelle de l’igname des communautés Bassar et Konkomba. Cette édition était placée sous le thème : « De la terre à l’assiette : l’igname, patrimoine vivant, levier de développement économique et de souveraineté alimentaire ».
L’orientation annoncée consiste à faire entrer différents plats et produits transformés à base d’igname dans les menus scolaires. Une manière, pour les autorités, de rapprocher davantage l’alimentation des élèves des productions du terroir, tout en créant de nouveaux débouchés pour les producteurs et les acteurs de la transformation.
« Nourrir nos enfants avec ce que nos terres produisent, c’est nourrir l’avenir du Togo », a déclaré Mama Omorou. Le ministre a résumé l’ambition en une autre formule : « Atteindre l’assiette, c’est atteindre la souveraineté. »
Le choix de l’igname n’est pas anodin. Dans le Grand Bassar, où se sont tenues les festivités, ce tubercule constitue à la fois un marqueur culturel et une importante ressource agricole. Les autorités veulent désormais aller au-delà de la consommation traditionnelle et accélérer sa transformation, sa commercialisation et sa valorisation économique. À Guérin-Kouka, le gouvernement a notamment annoncé la réhabilitation de pistes rurales reliant Kabou, Kalanga et Guérin-Kouka, la construction de hangars de stockage et le renforcement du financement des groupements de femmes revendeuses d’igname.
Cette perspective intervient alors que le programme national de cantines scolaires continue de s’étendre. Les chiffres officiels montrent que 167 079 élèves ont bénéficié des vivres des cantines scolaires dans les cinq régions en 2025, contre 154 114 en 2024. Les Savanes concentrent le plus grand nombre de bénéficiaires, avec 67 215 élèves en 2025 contre 56 651 en 2024, soit une progression de près de 19 %. La région des Plateaux comptait 34 893 bénéficiaires, la Centrale 17 352, la Maritime 21 712 et la Kara 25 907.
Ces chiffres donnent une portée particulière à l’annonce gouvernementale. Introduire davantage de produits locaux dans les cantines pourrait en effet permettre de connecter une politique sociale destinée aux enfants à une politique de soutien aux filières agricoles. Mais cette ambition suppose aussi une organisation solide : disponibilité régulière de la matière première, transformation adaptée aux contraintes des cantines, respect des normes d’hygiène et maîtrise des coûts.
Au Togo, le programme de cantines scolaires est soutenu financièrement et techniquement par le Groupe de la Banque mondiale et mis en œuvre par l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB). L’enjeu n’est donc plus seulement de nourrir davantage d’enfants, mais aussi de réfléchir à ce que l’on met durablement dans leurs assiettes.
