La Côte d’Ivoire se dirige vers une présidentielle sous haute tension. Le Conseil constitutionnel a tranché lundi 1er septembre : Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam ne figureront pas sur la liste des candidats autorisés à participer au scrutin du 25 octobre 2025. Un coup dur pour l’opposition, qui dénonce une élection verrouillée au profit du président sortant Alassane Ouattara, en quête d’un quatrième mandat.
La présidente du Conseil constitutionnel, Chantal Nanaba Camara, a invoqué la radiation des deux opposants de la liste électorale pour justifier leur exclusion. « Le Conseil a de façon constante exigé la qualité d’électeur comme condition d’éligibilité », a-t-elle rappelé. Dans le cas de Laurent Gbagbo, condamné par la justice ivoirienne, s’ajoute le fait qu’il n’a pas obtenu le nombre de parrainages valides requis.
L’opposition dénonce un passage en force. « Les Ivoiriens espéraient que le Conseil défendrait leur droit fondamental de choisir leur président. Au lieu de cela, ils se retrouvent face à un véritable plébiscite organisé pour un quatrième mandat anticonstitutionnel », a fustigé Tidjane Thiam dans un communiqué transmis à l’AFP, promettant de poursuivre le combat. Même son de cloche du côté du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo. Son président exécutif, Sébastien Dano Djédjé, s’est dit « déçu mais pas surpris », estimant que « le coup était monté depuis longtemps pour éliminer les adversaires ».
Face à ces accusations, le pouvoir se défend en mettant en avant l’indépendance de la justice. Alassane Ouattara assure que sa candidature est conforme à la Constitution. Si la loi fondamentale limite théoriquement la présidence à deux mandats, le Conseil constitutionnel avait estimé en 2020 que l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2016 avait remis les compteurs à zéro.
Sur les 60 candidatures déposées, seules cinq ont été validées : celles de Ouattara, de l’ancien ministre Jean-Louis Billon, de l’ex-Première dame Simone Ehivet Gbagbo, de l’ancienne ministre Henriette Lagou et de l’ingénieur Ahoua Don Mello, dissident du PPA-CI. Jean-Louis Billon, présenté comme le principal challenger crédible, estime que sa candidature incarne « l’alternative pour une Côte d’Ivoire unie, apaisée et prospère ».
La grande question reste désormais celle de l’attitude des forces d’opposition. « Ce serait bien que l’opposition se réunisse autour d’un candidat. Ce n’est pas la fin », a confié Simone Gbagbo à la presse, appelant à l’unité. Mais à moins de deux mois du scrutin, l’exclusion de Gbagbo et de Thiam fragilise toute perspective d’alternance et renforce le scénario d’un nouveau mandat d’Alassane Ouattara, dix ans après son arrivée au pouvoir.
