Nouveau bras de fer entre l’AES et l’Europe : le Niger prend une lourde décision

Un nouveau front s’ouvre dans les tensions entre Niamey et plusieurs capitales européennes. Le gouvernement nigérien a décidé de restreindre drastiquement la délivrance de visas aux ressortissants de cinq pays européens, l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et le Royaume-Uni. Désormais, seules trois ambassades nigériennes à l’étranger seront habilitées à le faire : celles de Genève, d’Ankara et de Moscou. Une dérogation est toutefois accordée à l’ambassade de Bruxelles, mais uniquement pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service.

Dans une note officielle diffusée cette semaine, le ministère nigérien des Affaires étrangères a insisté sur le caractère ferme de cette directive, enjoignant toutes ses représentations diplomatiques à l’appliquer « sans délai ». À l’origine de cette décision, le silence persistant des chancelleries européennes présentes à Niamey, sollicitées depuis plusieurs mois pour faciliter la délivrance de visas aux citoyens nigériens. « Le principe de réciprocité doit être respecté », a martelé une source diplomatique, confirmant que le gouvernement entend désormais répondre aux blocages européens par des restrictions équivalentes.

Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 qui a renversé Mohamed Bazoum, le Niger vit une recomposition profonde de son paysage diplomatique. Le régime militaire conduit par le général Abdourahamane Tiani a rompu avec Paris et réduit ses canaux de coopération avec plusieurs partenaires occidentaux, préférant tourner son regard vers Moscou et Ankara. La mesure annoncée contre cinq pays européens s’inscrit dans cette logique d’affirmation de souveraineté et de rupture assumée avec un ordre jugé déséquilibré.

Dans les faits, la décision va compliquer considérablement les démarches consulaires pour les Européens concernés, désormais contraints de se déplacer jusqu’en Suisse, en Turquie ou en Russie pour obtenir un visa nigérien. Pour Niamey, c’est un moyen de rééquilibrer des relations diplomatiques perçues comme trop asymétriques et de faire comprendre à ses interlocuteurs occidentaux que le temps de la souplesse unilatérale est révolu.

Ce geste s’inscrit aussi dans une dynamique plus large de repositionnement géopolitique. Membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés du Mali et du Burkina Faso, le Niger continue de bâtir une diplomatie de fermeté, centrée sur de nouveaux partenariats stratégiques. La restriction des visas pour certains Européens apparaît ainsi moins comme une mesure isolée que comme une étape supplémentaire dans la volonté des régimes sahéliens de redéfinir leurs rapports avec l’Occident.

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