La 30ᵉ édition de la Tranche Commune Entente (TCE) restera comme l’une des plus spectaculaires de ces dernières années. Le vendredi 28 novembre 2025, au Palais des Congrès de Lomé, l’Ivoirien Koffi N’Guessan Oswald a décroché le super lot de 20 millions de francs CFA, un gain arraché à l’issue d’un suspense prolongé jusqu’au 19ᵉtirage. La soirée, mêlant faste, émotion et discours institutionnels, a confirmé la place de la TCE comme l’un des plus solides mécanismes régionaux de solidarité économique entre les cinq pays membres du Conseil de l’Entente : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger et Togo.
Une foule, une ferveur et un symbole régional
L’édition de cette année, placée sous la houlette de la Loterie Nationale Togolaise (LONATO), s’est imposée comme un véritable carrefour régional. La cérémonie a rassemblé un parterre impressionnant de personnalités, signe de la place stratégique qu’occupe désormais ce jeu dans l’agenda sous-régional. Parmi les figures présentes, la directrice de cabinet du ministre togolais de l’Économie et des Finances, Akou Mawussé Adetou Afidenyigba, a marqué l’importance de l’événement pour l’État togolais, tandis que le Secrétaire exécutif adjoint du Conseil de l’Entente, Ali Idi, a rappelé la vocation intégratrice de cette initiative qui unit les cinq pays membres (Togo, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Niger). Les directeurs généraux des loteries nationales de ces États, réunis pour l’occasion, ont également profité du cadre pour renforcer leur coopération technique et opérationnelle.

“Un trésor qui me décharge de beaucoup de choses” : la joie du gagnant ivoirien
Lorsque son nom retentit dans la salle, un court silence a précédé l’explosion de joie. L’Ivoirien Koffi N’Guessan, costume sobre, regard encore incrédule, a été happé par une vague d’applaudissements qu’il semblait lui-même avoir du mal à réaliser. Cet économiste de formation, fidèle joueur depuis treize ans, incarne à lui seul l’attachement que suscite la Tranche Entente dans la sous-région : un mélange d’espoir, de patience et de persévérance.
Pendant de longues secondes, il est resté debout, immobile, avant que son sourire ne se transforme en quelque chose de plus profond, une délivrance. Approché par les journalistes, sa voix a trahi l’émotion accumulée de nombreuses années de participation : « Je tiens à dire un grand merci aux loteries, à la communauté qu’on appelle Tranche Entente et au pays qui nous a accueillis. C’est une pleine joie pour moi… Quand nous voyons les loteries financer des projets, nous sommes en pleine joie », confie-t-il, les yeux pétillants et encore humides.
Mais derrière la satisfaction du joueur convaincu, il y a aussi l’homme. Et le gain de 20 millions de francs CFA résonne comme un souffle nouveau dans une vie marquée par les contraintes économiques et les responsabilités familiales : «20 millions aujourd’hui, vraiment, c’est quand même un trésor. Ce gain me décharge de beaucoup de choses. C’est le début d’une aventure… Je vais encore multiplier mes actions pour gagner encore plus. »
Dans ses mots, aucune ostentation. Plutôt une reconnaissance sincère et une envie de bâtir. Pour cet économiste de 43 ans, habitué à jongler entre charges professionnelles, obligations familiales et projets personnels, cette somme représente une bouffée d’oxygène. “Décharger de beaucoup de choses”, dit-il. Une phrase simple, presque pudique, qui en dit pourtant long sur les réalités quotidiennes de nombreux participants venus de toute la sous-région.
Une pluie de gagnants et 80 millions distribués
L’ambiance dans la salle a brusquement changé lorsque les montants ont commencé à tomber comme une cascade. Après la proclamation du premier prix, l’annonce du deuxième grand lot, fixé à 10 millions de francs CFA, a suscité une nouvelle salve d’applaudissements. Le gagnant, le Burkinabè Bambara André Samson, s’est levé lentement, presque surpris d’entendre son propre nom. Son visage, partagé entre sérieux et discrète jubilation, racontait mieux que des mots le poids d’un tel gain dans un contexte économique sous tension au Burkina Faso. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, ces 10 millions représentent une véritable rampe de lancement, une possibilité concrète d’amorcer un projet ou de renforcer une activité déjà existante.

Mais la soirée ne faisait que commencer. Le Programme Extraordinaire Régional (PER), véritable colonne vertébrale de la Tranche Entente, a ajouté une dimension collective à l’événement. Contrairement au grand lot, unique et symbolique, le PER multiplie les gagnants et crée des dynamiques locales dans plusieurs pays simultanément.
Ce soir-là, ils ont été nombreux à repartir avec des montants substantiels à savoir : 3 gagnants de 5 millions, 4 gagnants de 4 millions, 5 gagnants de 3 millions, 2 gagnants de 2 millions, soit plus de 80 millions de francs CFA injectés directement dans les économies locales. Un chiffre qui, à lui seul, témoigne de la puissance financière du programme et de son rôle dans la redistribution régionale.
Parmi ces heureux bénéficiaires, le Togolais Eninful KobinaJohn a attiré l’attention. Membre des gagnants des cinq millions, il incarne parfaitement le profil de ces citoyens pour qui un tel montant n’est pas seulement une récompense, mais une opportunité capable de modifier un destin.
Dans son allocution de circonstance, la représentante du ministre des finances et du budget, Madame Akou MawusséAdetou Afidenyigba, directrice de cabinet, a salué l’ensemble des lauréats : « Aux gagnants de la TCE 2025, vous êtes d’ores et déjà des multimillionnaires, quel que soit le montant que le sort vous a attribué. (…) J’aimerais souhaiter aux lauréats de prospérer dans leurs différentes activités. »
Entrepreneurs et autonomisation : les 30 projets financés
Si les projecteurs sont souvent braqués sur les montants spectaculaires des tirages, un autre moment a profondément marqué la soirée : la révélation des résultats de l’appel à projets destiné aux jeunes entrepreneurs et aux femmes engagées dans des activités génératrices de revenus. Contrairement au hasard du tirage, cette démarche repose sur l’effort, l’innovation et la capacité à transformer une idée en projet viable. Et cette année, l’engouement a dépassé les prévisions. Le chiffre de 350 dossiers déposés n’est pas anodin. Il témoigne de la vitalité d’un entrepreneuriat togolais souvent décrit comme résilient mais sous-financé. Parmi eux : 261 portés par des jeunes, 89 soumis par des femmes cheffes d’activité, parfois issues de secteurs informels comme le petit commerce, la transformation agroalimentaire ou les services de proximité.

Ce volume illustre surtout un paradoxe bien connu dans la sous-région : l’abondance de projets viables face à la rareté des financements adaptés.
Après une première sélection de recevabilité, 174 projets ont été retenus, puis 61 auditionnés en sessions successives. Parmi eux, 41 projets portés par des femmes. Une proportion qui a frappé le jury tant elle reflète une dynamique de fond : l’entrepreneuriat féminin togolais n’est plus marginal, il est en train de prendre le leadership dans plusieurs secteurs, notamment l’agro-transformation, la restauration, l’artisanat et les services.
À l’issue des auditions, 30 projets ont été retenus : 10 portés par des jeunes, chacun financé à hauteur de 2 millions FCFA, 20 portés par des femmes, avec une enveloppe individuelle de 1 million FCFA.
Dans les coulisses : un jury pointilleux et des recommandations fortes
Le jury, composé de huit membres, était issu de la LONATO, du Conseil de l’Entente, du ministère de l’Agriculture, de l’APME, de l’Agence nationale de l’environnement ou encore du Fonds d’appui aux initiatives économiques. Ses travaux, conduits du 10 au 21 novembre 2025, ont abouti à une sélection rigoureuse, basée sur une pondération combinant : 40% pour la note technique, 60% pour la prestation lors de l’audition. À l’issue du processus, les experts ont formulé plusieurs recommandations, dont : renforcer la communication ciblant spécifiquement les femmes, accompagner davantage les groupements féminins en gestion et montage de projets, mieux représenter toutes les régions, revoir l’enveloppe des micro-projets pour toucher plus de bénéficiaires. Ces recommandations rejoignent d’ailleurs les débats actuels sur l’inclusion financière au Togo, où les autorités cherchent à améliorer durablement l’accès des jeunes et des femmes à des financements non bancaires.
Une diplomatie des loteries : le Togo passe le flambeau au Niger
Au-delà des gains et des projecteurs, la soirée de la 30ᵉ édition de la Tranche Commune Entente a été marquée par un moment hautement symbolique : la remise de la clé de la prochaine édition au Colonel Major Djibo Soumana, Directeur général de la Loterie Nationale Nigérienne (LONANI).

A l’occasion, le Colonel Major Djibo Soumana n’a pas manqué de saluer le professionnalisme et la chaleur de l’accueil togolais : « L’organisation impeccable de cette 30ᵉédition et le peuple togolais pour son hospitalité légendaire méritent d’être soulignés. Nous sommes honorés de recevoir le flambeau et nous ferons tout pour que la fête à Niamey soit à la hauteur de cette tradition. »
Une TCE plus stratégique que jamais
Au-delà des gains financiers spectaculaires, la Tranche Commune Entente (TCE) s’affirme désormais comme bien plus qu’une loterie. Elle devient un véritable instrument d’intégration économique et sociale, capable de catalyser la mobilité sociale, de soutenir l’entrepreneuriat local et de renforcer la diplomatie régionale. Dans un espace Entente où les économies nationales cherchent à se diversifier et à s’interconnecter, la TCE s’impose comme une plateforme pragmatique de solidarité et d’inclusion, favorisant particulièrement les jeunes et les femmes, catégories longtemps marginalisées dans l’accès aux financements structurants.
Sur le plan social, la TCE agit comme un outil de redistribution et de justice économique, permettant à des citoyens ordinaires, souvent éloignés des circuits financiers classiques, d’accéder à des ressources significatives. Le témoignage de Koffi N’Guessan Oswald, Ivoirien gagnant du jackpot et participant depuis treize ans, illustre à quel point la TCE peut transformer des vies, tout en encourageant la persévérance et la participation citoyenne aux initiatives régionales.
En somme, la TCE 2025 à Lomé dépasse le simple cadre d’un tirage de loterie : elle installe durablement cet événement comme un moteur de prospérité partagée, un symbole d’intégration régionale et un catalyseur de transformation économique et sociale.
