Faure Gnassingbé à Moscou : une visite décisive pour redessiner l’axe stratégique Togo–Russie

Le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a entamé ce 18 novembre 2025 une visite officielle hautement stratégique à Moscou, à l’invitation du président Vladimir Poutine. Ce déplacement marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Lomé et Moscou, dans un contexte de recomposition des alliances en Afrique et d’affirmation croissante des priorités nationales togolaises.

Après plusieurs mois de concertations techniques multilatérales, le Togo entend désormais transformer ces discussions en accords concrets, structurés et alignés sur les objectifs de croissance inclusive, de stabilité et de souveraineté stratégique portés par l’agenda togolais.

La rencontre officielle prévue au Kremlin le 19 novembre, d’abord en tête-à-tête puis en séance plénière, doit permettre d’explorer sept axes de coopération considérés comme prioritaires par les deux gouvernements. Sur le plan diplomatique d’abord, Lomé et Moscou souhaitent renforcer leurs soutiens réciproques dans les instances internationales, une stratégie déjà perceptible lors de précédents votes onusiens où le Togo s’était abstenu, privilégiant une posture d’équilibre.

Sur le terrain économique, les discussions devraient porter sur l’accroissement des investissements russes dans les infrastructures logistiques, en particulier le Port autonome de Lomé, devenu hub stratégique pour l’Afrique de l’Ouest. Les autorités togolaises cherchent à consolider ce positionnement, alors que la concurrence régionale, notamment en Côte d’Ivoire et au Bénin, s’intensifie.

L’agriculture figure également en bonne place dans l’agenda. Le Togo, engagé dans une transition vers une agriculture 4.0, veut s’appuyer sur l’expertise russe en matière d’irrigation intelligente, de mécanisation et de transformation locale des produits. Une orientation cohérente avec les ambitions nationales de souveraineté alimentaire et de création de valeur ajoutée sur place.

Dans le domaine énergétique, les deux pays devraient explorer des projets combinant solaire et hydroélectricité, afin de réduire la dépendance du Togo aux importations et de renforcer la résilience du réseau dans un contexte de croissance de la demande.

La formation sectorielle constitue un autre pilier fort de cette visite. Lomé souhaite créer, avec l’appui russe, des centres d’excellence en cybersécurité et en gestion des ressources naturelles, des secteurs jugés essentiels pour anticiper les défis technologiques et environnementaux des prochaines décennies.

Les enjeux de sécurité alimentaire seront également abordés, notamment à travers le financement de greniers communautaires et la mise en place de technologies de stockage moderne, indispensables pour limiter les pertes post-récolte, un défi récurrent dans les zones rurales togolaises.

Au-delà des accords économiques, la dimension géopolitique occupera une place centrale dans les échanges. Les dirigeants discuteront des tensions persistantes en Afrique de l’Ouest, entre menace terroriste au Sahel et transitions politiques complexes. Le Togo, dont le rôle de médiateur a été salué dans plusieurs crises régionales, partagera son expérience de diplomatie de dialogue. Moscou, de son côté, pourrait proposer un appui en renseignement et en équipements non létaux au profit des dispositifs sécuritaires régionaux.

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