À l’issue de l’ère Nibombé Daré, la sélection nationale se retrouve cristallisée par autant d’enjeux, entre impératif de résultats, reconstruction d’une identité de jeu crédible et nécessité de mieux exploiter un vivier mêlant talents locaux et binationaux. Dans ce contexte, deux profils émergent avec insistance, selon les informations du confrère, Charbel Sossouvi du journal LOMEGRAPH : Hubert Velud et Olivier Guégan. Deux techniciens français, deux parcours solides, mais surtout deux visions presque opposées du futur des Éperviers.
La succession de Nibombé Daré intervient dans une phase charnière du football togolais, marqué par une CAN qui s’éloigne, des éliminatoires du Mondial 2026 exigeantes et une opinion publique lassée des cycles inachevés. Le prochain sélectionneur devra à la fois imposer une autorité technique, comprendre les réalités institutionnelles locales et restaurer la confiance autour de la sélection. Dans ce jeu d’équilibre, Hubert Velud apparaît comme la figure de l’expérience éprouvée. Son parcours africain est dense et jalonné de résultats. En club, il a remporté la Coupe de la CAF 2016 avec le TP Mazembe, ainsi que la Supercoupe d’Afrique, le championnat et la Supercoupe du Congo. En Afrique du Nord, il a été double champion d’Algérie avec l’ES Sétif en 2013 et l’USMA Alger en 2014, élu meilleur entraîneur du championnat algérien deux années consécutives. Plus récemment, à l’AS FAR de Rabat, il a conduit son équipe jusqu’aux quarts de finale de la Ligue des champions CAF, terminant invaincu en phase de groupes, avant de quitter le club début 2025 alors qu’il occupait la 3ᵉ place du championnat marocain.
En sélection, Velud est rompu aux contextes complexes. Avec le Burkina Faso entre 2022 et 2024, il a qualifié les Étalons pour la CAN 2024, atteint les huitièmes de finale et posé des bases solides pour les éliminatoires du Mondial 2026. Au Soudan, il a réalisé un exploit majeur en qualifiant les Crocodiles du Nil pour la CAN 2021 et la Coupe Arabe de la FIFA, après dix ans d’absence, dans un contexte politique extrêmement instable. Son lien avec le Togo est ancien et chargé d’histoire. Entre 2009 et 2011, il avait conduit les Éperviers à la CAN 2010, une aventure marquée à jamais par le drame de Cabinda, attentat au cours duquel il fut lui-même blessé.
Ce passé togolais constitue à la fois un atout et une limite. Velud connaît parfaitement l’environnement local, les attentes populaires et les rouages institutionnels de la Fédération togolaise de football. Cette connaissance pourrait lui permettre de gagner un temps précieux et d’apporter rapidement stabilité, cadre tactique et culture de la performance. Mais son retour pourrait aussi être perçu comme un choix peu audacieux, symbolisant un regard tourné vers le passé plutôt que l’ouverture d’un nouveau cycle. Le poids émotionnel de Cabinda et les attentes très élevées du public pourraient réduire sa marge de manœuvre, d’autant que son profil semble davantage orienté vers l’efficacité à court terme que vers une reconstruction en profondeur.
Face à lui, Olivier Guégan incarne une option plus prospective. Âgé de 53 ans, il s’est construit une réputation de bâtisseur méthodique dans le football français. De la Ligue 1 au National, il a entraîné des clubs historiques comme le Stade de Reims, Valenciennes, Sochaux ou Grenoble. Son fait d’armes le plus marquant reste la remontée du Stade de Reims en Ligue 1, suivie d’un maintien solide, ainsi qu’un exploit rare à Grenoble avec deux montées consécutives, du National 2 à la Ligue 2 en deux saisons. Guégan est également reconnu pour sa capacité à détecter et lancer des talents, avec plus de vingt joueurs propulsés chez les professionnels, dont Lucas Chevalier, aujourd’hui gardien de l’équipe de France, ou Ismaël Doukouré.
Son lien avec le Togo est moins institutionnel mais bien réel à travers l’accompagnement de joueurs d’origine togolaise comme Lilian Brassier, Marvin Senaya ou Eliezer Mayenda. Selon Afrikdépêche, il propose en outre la mise en place d’une Plateforme Performance, outil moderne d’analyse et d’optimisation de la préparation, qu’il souhaite mettre au service de la sélection. Son approche, axée sur la rigueur, l’organisation collective et l’exploitation du vivier binational, pourrait insuffler une dynamique nouvelle et durable aux Éperviers, en phase avec les débats actuels sur la professionnalisation du sport togolais et la modernisation de ses structures.
Mais cette option comporte une inconnue majeure : l’absence totale d’expérience africaine. Le football du continent, avec ses contraintes logistiques, ses spécificités culturelles et ses réalités institutionnelles, exige une capacité d’adaptation rapide. Cette phase d’apprentissage pourrait entrer en tension avec l’exigence de résultats immédiats qui pèse sur la sélection, dans un contexte où chaque faux pas est scruté par une opinion publique impatiente.
