Drogue : « El Mencho », le plus puissant et dangereux trafiquant du Mexique abattu

Le Mexique tourne une page majeure de sa longue guerre contre le narcotrafic. Nemesio Oseguera Cervantes, plus connu sous le surnom d’« El Mencho », chef du redouté Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), a été abattu dimanche 22 février lors d’une opération de l’armée mexicaine. Âgé de 59 ans, il était considéré comme l’un des narcotrafiquants les plus puissants et les plus recherchés au monde, Washington ayant placé une récompense de 15 millions de dollars pour toute information menant à sa capture.

À la tête du CJNG, « El Mencho » avait imposé une stratégie fondée sur une violence assumée et spectaculaire, rompant avec l’approche plus discrète adoptée par certains cartels historiques. Décrit comme « violent de nature » par le spécialiste du narcotrafic José Reveles, il n’hésitait pas à défier directement l’État mexicain. Le 20 juin 2020, son organisation avait orchestré une attaque armée contre l’actuel secrétaire fédéral à la Sécurité publique, Omar García Harfuch, alors chef de la police de Mexico. L’attentat avait fait trois morts, dont deux gardes du corps, et blessé le responsable sécuritaire.

Déjà en 2015, le cartel avait démontré sa capacité militaire en abattant un hélicoptère de l’armée au lance-roquettes lors d’affrontements dans l’État de Jalisco, après des attaques contre la Gendarmerie nationale et un guet-apens visant un convoi policier. Les violences avaient causé des dizaines de morts, dont 20 policiers et neuf militaires, illustrant la transformation progressive des cartels en véritables forces paramilitaires.

Né en 1966 dans une famille modeste du Michoacán, région marquée par les cultures illégales de cannabis, Oseguera Cervantes avait migré jeune aux États-Unis avant d’y être condamné dans les années 1980 pour trafic d’héroïne puis expulsé. De retour au Mexique, il rejoint le cartel del Milenio avant de fonder en 2009 les « Mata Zetas », groupe qui deviendra en 2011 le CJNG, année marquée par l’abandon de 35 cadavres à Veracruz, un massacre resté emblématique de l’ascension du cartel.

Profitant de l’arrestation puis de l’extradition vers les États-Unis des figures du Cartel de Sinaloa, notamment Joaquín Guzmán dit « El Chapo » et Ismael Zambada García alias « Mayo », le CJNG s’est imposé comme la structure criminelle dominante dans un pays où la violence liée au narcotrafic a fait plus de 450 000 morts et plus de 100 000 disparus depuis 2006.

Malgré cette puissance, « El Mencho » demeurait une figure insaisissable, rarement exposée publiquement, n’apparaissant qu’exceptionnellement, notamment lors de concerts de « narcocorridos » en 2025, ces chansons glorifiant les trafiquants. La même année, le Département d’État américain avait classé le CJNG comme organisation terroriste, soulignant son caractère transnational et sa présence « dans quasiment tout le Mexique ». Drogue, trafic d’armes, extorsion, traite de migrants, vols de pétrole et exploitation illégale de minerais figuraient parmi les activités attribuées au réseau.

Face à la concurrence sur la frontière américaine, le cartel avait étendu ses routes vers l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Australie, marchés jugés plus rentables selon José Reveles, confirmant la mondialisation croissante du crime organisé, un phénomène qui touche également l’Afrique de l’Ouest, devenue ces dernières années une zone de transit stratégique pour les narcotrafics internationaux, régulièrement évoquée dans les rapports sécuritaires régionaux.

Divorcé et père de trois enfants, Oseguera laisse derrière lui une organisation encore active. Son fils aîné, connu sous le nom d’« El Menchito », purge une peine de prison à perpétuité aux États-Unis, tandis que plusieurs membres de sa famille ont été incarcérés au fil des enquêtes internationales.

La mort d’« El Mencho » constitue une victoire symbolique pour les autorités mexicaines, mais les analystes préviennent déjà qu’elle pourrait ouvrir une nouvelle phase de luttes internes entre factions criminelles, dans un pays où la disparition d’un chef de cartel a souvent entraîné davantage de fragmentation… et de violence.

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