Dette publique dans l’UEMOA : l’AES fait des prouesses

La dette publique ne pèse pas de la même manière sur les populations des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Selon une compilation réalisée à partir des données de dette de 2024, le Niger, le Burkina Faso et le Mali affichent les plus faibles montants de dette publique rapportés au nombre d’habitants. Une photographie statistique qui place les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) en tête de ce classement, mais qui doit être interprétée avec prudence.

Selon les estimations publiées par Banque Finance Magazine, la dette publique par habitant varie d’environ 193 000 FCFA au Niger à 1 347 000 FCFA au Sénégal. La moyenne des huit pays s’établit à environ 572 000 FCFA par habitant. Ces chiffres sont calculés à partir des données de dette de 2024 et arrondis.

Dans le détail, le Niger affiche environ 193 000 FCFA de dette publique par habitant, devant le Burkina Faso avec 299 000 FCFA et le Mali avec 325 000 FCFA. Le Togo arrive ensuite avec 426 000 FCFA, suivi du Bénin à 518 000 FCFA et de la Guinée-Bissau à 524 000 FCFA. La Côte d’Ivoire atteint 947 000 FCFA, tandis que le Sénégal affiche 1 347 000 FCFA par habitant.

Rapportés à la population, ces écarts sont importants : le montant calculé pour un Sénégalais est près de sept fois supérieur à celui attribué à un Nigérien dans cette compilation. Mais la dette par habitant reste avant tout un indicateur théorique. Elle ne signifie pas qu’un État ferait réellement peser cette somme individuellement sur chacun de ses citoyens et ne permet pas, à elle seule, de mesurer sa capacité de remboursement, la structure de sa dette, son coût ou la qualité des dépenses financées par l’emprunt.

Les données les plus récentes de la BCEAO montrent d’ailleurs une photographie différente à l’échelle régionale. À fin juin 2026, l’encours de la dette publique des États de l’UEMOA atteignait 97 625,9 milliards de FCFA, en hausse de 4 902,9 milliards, soit 5,3 %, sur un an. Rapporté au PIB, le ratio d’endettement s’établissait alors à 60,9 %, contre 62,5 % un an auparavant.

Pour l’ensemble de l’année 2026, la BCEAO projette désormais le ratio d’endettement public de l’Union à 63,6 % du PIB, contre 63,3 % en 2025, avant un repli attendu à 60,8 % en 2027. À l’échelle communautaire, ces projections restent en dessous du seuil de 70 % du PIB retenu dans le cadre de convergence de l’UEMOA.

Le financement des États repose par ailleurs de plus en plus sur le marché régional. Au premier semestre 2026, les émissions brutes de titres publics ont atteint 9 139,5 milliards de FCFA, contre 8 172,3 milliards sur la même période de 2025, soit une progression de 967,2 milliards de FCFA ou 11,8 %. Les émissions obligataires ont bondi à 7 321,8 milliards, contre 4 491,4 milliards un an auparavant, tandis que les émissions de bons du Trésor ont reculé à 1 817,7 milliards, contre 3 680,9 milliards.

Cette évolution traduit un recours plus important aux ressources de maturité relativement longue pour financer les besoins budgétaires et les investissements. Elle souligne aussi l’importance croissante du marché financier régional dans le financement des économies de l’Union.

Le cas du Sénégal appelle toutefois une lecture particulière. Le chiffre de 113,7 % du PIB figurant dans la compilation initiale correspond à une estimation antérieure. Depuis la réconciliation des données budgétaires sénégalaises, les chiffres ont été fortement révisés : le FMI estimait en 2025 la dette de l’administration centrale à 118,8 % du PIB à fin 2024, tandis que la dette du secteur public au sens plus large était estimée à 132 % du PIB. Ces révisions illustrent les limites des comparaisons lorsque les périmètres statistiques ne sont pas parfaitement identiques.

Pour les pays de l’AES, les faibles montants de dette rapportés à la population ne constituent donc pas, à eux seuls, une mesure de leur solidité financière. Le niveau d’endettement doit être apprécié avec d’autres paramètres : croissance économique, recettes publiques, service de la dette, coût des emprunts, structure entre dette intérieure et extérieure, capacité d’exportation et rendement des investissements financés par l’emprunt.

L’enjeu posé par ces chiffres dépasse ainsi la seule question du volume de dette. Comme le résume Aboudou Diarra : « Moins s’endetter ne suffit pas : le vrai défi est d’injecter efficacement cette épargne nationale dans la transformation locale, les infrastructures et l’industrie afin de bâtir une véritable souveraineté économique. »

Dans une UEMOA où l’encours de dette approche désormais les 100 000 milliards de FCFA, la question centrale n’est donc pas uniquement de savoir combien chaque habitant « porte » théoriquement de dette. Elle est aussi de déterminer comment les ressources mobilisées sont transformées en infrastructures, capacités productives, emplois et recettes futures permettant aux États de renforcer leur capacité de remboursement.

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