Le Mali veut renforcer ses capacités nationales dans les secteurs minier, pétrolier et gazier. Réuni mercredi 30 septembre 2026 au Palais de Koulouba, sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, le Conseil des ministres a adopté plusieurs textes destinés à réorganiser la formation et la recherche dans le domaine extractif. Deux décisions retiennent particulièrement l’attention : la création d’une École des Mines et du Pétrole et la mise en place d’une Agence pour la Recherche et le Développement des Ressources minérales.
La future École des Mines et du Pétrole aura pour mission d’assurer la formation initiale et continue des ressources humaines dans les domaines des mines et du pétrole. Le gouvernement justifie sa création par l’importance des ressources minières et pétrolières du pays, mais aussi par l’insuffisance des structures de formation spécialisées et la faible prise en compte de certaines spécialités dans les offres existantes. L’objectif affiché est donc de disposer de cadres et de techniciens suffisamment nombreux et qualifiés pour accompagner le développement de la filière.
L’autre réforme concerne la recherche. Le Programme pour le Développement des Ressources minérales, créé par la loi du 11 octobre 1990 pour exécuter les travaux de la Direction nationale de la Géologie et des Mines, sera érigé en établissement public à caractère scientifique et technologique. Cette transformation doit notamment corriger des insuffisances relevées dans son statut, son cadre institutionnel et juridique ainsi que dans les mécanismes de mobilisation de ses ressources financières. Le gouvernement relève également que le dispositif existant ne prenait pas suffisamment en compte les volets liés à la recherche pétrolière et gazière.
La nouvelle Agence pour la Recherche et le Développement des Ressources minérales aura ainsi pour mission de développer la recherche, la production, la sécurisation, la valorisation et la diffusion des connaissances dans les domaines géologique, minier, pétrolier et gazier sur l’ensemble du territoire malien. La réforme vise donc à doter l’État d’un outil scientifique capable de mieux documenter son sous-sol et d’accompagner les activités d’exploration et de valorisation.
Ces décisions interviennent alors que le poids économique du secteur extractif reste considérable. Selon le rapport ITIE Mali 2024, les revenus générés par le secteur extractif ont atteint 1 023,38 milliards de FCFA en 2024, dont 978,29 milliards de FCFA encaissés par le Trésor. Le rapport indique également que le secteur minier représentait 9,5 % du PIB, 40,9 % des recettes fiscales de l’État et 78,8 % des recettes d’exportation en 2024.
Le chiffre de 1 023 milliards de FCFA mérite toutefois une précision : il correspond aux revenus générés par le secteur extractif, et non à la totalité des sommes directement encaissées par l’État. La part effectivement enregistrée par le Trésor s’établit à près de 978,3 milliards de FCFA. Cette distinction est importante dans l’analyse du poids budgétaire du secteur.
L’or demeure par ailleurs au cœur de cette économie extractive. Les données du rapport ITIE 2024 font état d’une production aurifère déclarée de 54,88 tonnes, tandis que la valeur de la production minérale est estimée à environ 1 632 milliards de FCFA, l’or représentant près de 95 % de cette valeur. Le Mali cherche parallèlement à diversifier son potentiel minier, notamment avec le développement du lithium.
La session du 30 septembre ne s’est d’ailleurs pas limitée à la création de ces deux structures. Le Conseil des ministres a également adopté plusieurs textes portant renouvellement de permis de recherche d’or et de substances minérales du groupe 2. Neuf permis font l’objet d’un premier renouvellement pour trois ans, renouvelable une fois, tandis qu’un permis détenu par Africa Mining à Dandoko, dans le cercle de Kéniéba, bénéficie d’un deuxième renouvellement. Ces autorisations avaient été affectées par la suspension du renouvellement des permis de recherche entre décembre 2022 et mars 2025.
Avec l’École des Mines et du Pétrole d’un côté et l’Agence pour la Recherche et le Développement des Ressources minérales de l’autre, Bamako cherche ainsi à renforcer deux maillons essentiels de sa politique extractive : le capital humain et la connaissance du sous-sol. Reste désormais à transformer ces décisions institutionnelles en capacités opérationnelles, avec des formations adaptées aux besoins de l’industrie, des moyens pour la recherche et une meilleure exploitation des données géologiques disponibles.
Pour un pays dont les revenus extractifs dépassent déjà le millier de milliards de FCFA par an, l’enjeu dépasse donc la seule production de minerais. Il s’agit aussi de renforcer les compétences nationales, de mieux connaître les ressources disponibles et de disposer d’outils scientifiques permettant à l’État de suivre et de valoriser plus efficacement son patrimoine géologique.
