Burkina Faso : l’homosexualité désormais passible de prison

Le Burkina Faso vient de franchir un nouveau pas dans le durcissement de ses normes sociales et juridiques. Lundi 1er septembre, l’Assemblée législative de transition (ALT) a adopté à l’unanimité un projet de loi qui pénalise désormais les relations homosexuelles, avec des peines allant de deux à cinq ans d’emprisonnement, assorties d’amendes. Selon le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, la mesure prévoit également l’expulsion pour les étrangers reconnus coupables. « La loi prévoit une peine d’emprisonnement qui va de deux à cinq ans et des peines d’amende », a-t-il confirmé sur les ondes de la télévision nationale RTB.

Jusqu’ici, aucune disposition légale ne visait directement les personnes homosexuelles au Burkina Faso, où cette communauté vit souvent dans la discrétion. Mais dans un contexte régional marqué par une montée en puissance des discours conservateurs et souverainistes, la transition burkinabè dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré s’aligne sur ses voisins. Le Mali, allié au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), avait adopté une loi similaire en novembre 2024. Au Ghana, un projet de loi encore plus dur est en cours, et en Ouganda, les relations homosexuelles peuvent entraîner des peines extrêmement lourdes, allant jusqu’à la perpétuité.

La réforme adoptée par Ouagadougou ne se limite pas à la question de l’homosexualité. Elle s’inscrit dans un vaste chantier de refonte du Code des personnes et de la famille. Parmi les nouvelles dispositions, la nationalité burkinabè ne pourra désormais être obtenue par mariage qu’après un délai compris entre cinq et sept ans, contre des conditions plus souples auparavant. Les mariages religieux et coutumiers, longtemps tenus à la marge, bénéficient désormais d’une reconnaissance légale. Le capitaine Ibrahim Traoré doit promulguer la loi dans les prochains jours, avant une campagne de vulgarisation nationale, a précisé le garde des Sceaux.

Cette orientation n’est pas sans précédent. En août 2023, le Conseil supérieur de la communication avait interdit la diffusion de chaînes de télévision jugées « promotrices de l’homosexualité ». La nouvelle loi vient ainsi confirmer la ligne politique assumée par la junte : un rejet affiché de ce qu’elle qualifie de « valeurs occidentales », au profit d’une réaffirmation identitaire et souverainiste, dans la continuité du discours d’Ibrahim Traoré, 37 ans, arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022.

Mais si le gouvernement burkinabè revendique une souveraineté renforcée, les organisations de défense des droits humains s’alarment. L’Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes (Ilga World) dénonçait déjà l’an dernier une « régression troublante » dans certaines régions du monde, alors que la tendance globale est à la décriminalisation. Aujourd’hui, l’homosexualité reste pénalisée dans une trentaine de pays africains sur 54, et dans plusieurs États les peines vont bien au-delà de celles votées à Ouagadougou : jusqu’à la perpétuité en Tanzanie, Zambie, Sierra Leone et Gambie, et jusqu’à 14 ans de prison au Nigeria, au Kenya ou encore au Malawi.

Dans un Burkina Faso où la transition militaire tente de redessiner l’ordre social, économique et diplomatique, cette réforme marque un tournant en traduisant la volonté des autorités de rompre avec les injonctions de l’Occident. Un choix qui, à court terme, consolide le discours souverainiste, mais qui risque aussi d’accentuer l’isolement du pays face aux pressions internationales.

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