Hantavirus : vers une pandémie ou menace sanitaire sous contrôle ?

L’apparition d’un foyer d’hantavirus à bord du navire de croisière MV Hondius ravive dans plusieurs pays le traumatisme du Covid-19. Entre inquiétudes médiatiques, isolements sanitaires et réunions gouvernementales d’urgence, les autorités tentent désormais de contenir la peur tout en surveillant l’évolution d’un virus encore méconnu du grand public. Mais derrière les images de passagers évacués et les premières contaminations détectées en Europe, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) insiste : « Ce n’est pas un nouveau Covid ».

Alors qu’un premier cas confirmé vient d’être signalé en France, le Premier ministre français doit présider une réunion consacrée à la situation sanitaire. Les autorités cherchent à rassurer face à une montée progressive de la psychose collective, alimentée par le souvenir encore vif de la pandémie de 2020. Cette fois, soulignent les experts, le virus est identifié, les mécanismes de coopération internationale ont été activés plus rapidement et les protocoles sanitaires sont déjà en place.

Le foyer principal reste lié au MV Hondius, un navire d’expédition appartenant au croisiériste néerlandais Oceanwide Expeditions. Parti d’Ushuaïa, en Argentine, le 1er avril, le bateau transportait environ 150 passagers lorsqu’un cluster de hantavirus de type Andes a été détecté à bord. Le 3 mai, l’OMS confirmait déjà trois décès : un couple néerlandais et une ressortissante allemande. Depuis, les opérations d’évacuation se poursuivent aux Canaries, notamment à Tenerife, où les passagers sont débarqués progressivement avant leur rapatriement vers leurs pays respectifs.

Parmi eux figurent cinq Français, placés en isolement strict dès leur arrivée. Selon les derniers bilans communiqués par l’OMS, cinq cas confirmés et trois cas suspects ont été recensés. Les autorités sanitaires européennes poursuivent parallèlement le suivi des cas contacts, examinant les listes de passagers des avions, des hôtels et des navires afin de retracer les éventuelles chaînes de transmission.

La situation reste néanmoins scrutée avec prudence, car le virus Andes est le seul hantavirus connu capable de se transmettre, de manière limitée, d’un être humain à un autre. Habituellement, les hantavirus sont transmis par des rongeurs sauvages infectés, rats ou souris, via leur urine, leur salive ou leurs excréments. Une morsure, un contact direct ou encore l’inhalation de poussières contaminées peuvent provoquer l’infection.

Les hantavirus ne sont pas nouveaux. Leur nom provient de la rivière Hantaan, entre les deux Corées, où plus de 3 000 soldats avaient été contaminés durant la guerre de Corée entre 1950 et 1953. Chaque année, environ 200 cas de syndrome pulmonaire à hantavirus sont recensés principalement en Amérique du Nord et du Sud. Mais le variant Andes, présent surtout en Argentine et au Chili, demeure particulièrement surveillé en raison de sa capacité rare de transmission interhumaine.

L’OMS tente toutefois de calmer les inquiétudes. « Le risque pour la population générale reste extrêmement faible », a affirmé à Genève Christian Lindmeier, porte-parole de l’organisation. « Ce n’est pas du tout comparable à la Covid-19 », insiste-t-il, rappelant que la contamination nécessite généralement « un contact étroit et prolongé », souvent au sein d’un même foyer ou entre partenaires proches. L’organisation souligne d’ailleurs que plusieurs proches de personnes contaminées, y compris des conjoints et une hôtesse de l’air ayant assisté une passagère décédée, ont été testés négatifs.

« Ce n’est pas la rougeole. Si quelqu’un tousse dans une salle, les autres ne seront pas automatiquement contaminés », a encore expliqué Christian Lindmeier pour illustrer le faible niveau de contagiosité observé à ce stade.

La dangerosité du virus n’est cependant pas minimisée. Les spécialistes rappellent que le taux de létalité du hantavirus Andes peut atteindre entre 30 % et 50 % des personnes infectées. Aucun vaccin ni traitement antiviral spécifique n’existe actuellement. Les soins consistent essentiellement à traiter les symptômes et à prendre en charge rapidement les complications respiratoires et cardiaques.

Les symptômes apparaissent généralement entre une et six semaines après l’exposition. Ils débutent souvent par de la fièvre, une fatigue intense, des douleurs musculaires et un malaise général, avant de pouvoir évoluer vers une détresse respiratoire sévère causée par une accumulation de liquide dans les poumons. Cette évolution rapide rend le diagnostic parfois complexe, les premiers signes pouvant être confondus avec une grippe, une pneumonie, une dengue ou une septicémie.

Dans plusieurs pays, les autorités sanitaires renforcent désormais la surveillance épidémiologique. La crainte d’une propagation incontrôlée reste faible pour l’instant, mais la gestion du dossier rappelle combien les systèmes de santé demeurent sensibles aux risques infectieux mondiaux liés à la circulation internationale des personnes.

Pour l’heure, les experts privilégient la vigilance plutôt que l’alarmisme. Mais dans une opinion publique encore marquée par les confinements et les millions de morts du Covid-19, le simple mot « virus » suffit désormais à réveiller les peurs collectives.

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