Togo : deux ans après l’agression de six journalistes, les questions restent sans réponse

Deux ans après les violences qui avaient ciblé six journalistes au siège de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) à Lomé, le dossier reste au point mort, du moins publiquement. Dans un communiqué daté du 29 septembre 2026, le Patronat de la presse togolaise (PPT) dénonce l’absence d’interpellations et de communication officielle sur l’évolution de l’enquête. Une situation qui ravive les inquiétudes sur la protection des journalistes dans l’exercice de leur métier.

Le 29 septembre 2024, Yvette Sossou, Godfrey Akpa, Hyacinthe Gbloédjro, Yawo Klousse, Romuald Koffi Lansou et Albert Agbeko se trouvaient au siège de la CDPA pour couvrir une rencontre citoyenne en présence du député sénégalais et parlementaire de la CEDEAO Guy Marius Sagna. Quelques minutes après le début de la réunion, des individus présents dans l’assistance avaient lancé des chaises et divers objets en direction de la table d’honneur, transformant la rencontre en scène de violences. Les journalistes avaient alors été pris à partie et certains avaient vu leur matériel de travail arraché ou jeté dans un puits.

Dans une tribune publiée à l’occasion du deuxième anniversaire, les six journalistes ont rappelé les circonstances de cette journée. « Ce jour-là, nous étions au siège de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), à Lomé, pour couvrir une rencontre citoyenne à laquelle participait le député sénégalais et parlementaire de la CEDEAO Guy Marius Sagna, alors en séjour au Togo dans le cadre des activités du Parlement communautaire. La rencontre réunissait également plusieurs responsables et acteurs politiques togolais. »

Ils poursuivent : « Quelques minutes après le début de la rencontre, la situation s’est brutalement dégradée. Des individus présents dans l’assistance ont commencé à lancer des chaises et divers objets en direction de la table d’honneur. Très rapidement, la réunion s’est transformée en scène de violence et de panique. »

Les violences ne s’étaient pas limitées aux professionnels des médias. Plusieurs participants avaient été blessés, dont Guy Marius Sagna, évacué vers une structure de santé après avoir reçu un coup à la tête. Amnesty International, qui avait enquêté sur les événements, avait alors rapporté qu’au moins dix personnes avaient été blessées et que des journalistes avaient également dû recevoir des soins. L’organisation avait surtout demandé une enquête sur l’inaction des forces de sécurité présentes à proximité des lieux.

Deux ans plus tard, le PPT affirme qu’aucune interpellation n’a eu lieu et qu’aucune information officielle n’a été communiquée sur l’avancement de l’enquête. Dans son communiqué du 29 septembre 2026, signé par son président Honoré Kokouda Adontui, l’organisation réclame « l’accélération immédiate des procédures judiciaires », l’identification des auteurs et de leurs éventuels commanditaires, ainsi qu’une enquête sur l’attitude des forces de l’ordre présentes sur les lieux.

Le PPT demande également que « toute la lumière soit faite sur l’inaction des forces de l’ordre présentes sur les lieux et restées passives ». L’organisation estime que leur « non-assistance à personnes en danger » doit faire l’objet d’une enquête administrative et, le cas échéant, de sanctions conformément à la loi. Ces appréciations relèvent de la position du PPT et ne préjugent pas des conclusions d’une éventuelle enquête administrative ou judiciaire.

Le dossier avait déjà suscité l’inquiétude de plusieurs organisations professionnelles. En avril 2026, le PPT, l’UPF-Togo, le TRP et le SYNJIT avaient conjointement dénoncé la lenteur de l’enquête officielle, indiquant avoir « très peu de lisibilité » sur son évolution, près d’un an et demi après les faits.

Cette absence de réponse publique intervient dans un contexte où la sécurité des journalistes demeure régulièrement au centre des préoccupations de la profession. Le 5 septembre 2026, Roland Yaovi Kodjo, reporter de TAMPA TV, a affirmé avoir été intercepté à Guérin-Kouka alors qu’il couvrait la fête traditionnelle D’Pontre/N’nidak des Bassar-Konkomba. Selon son témoignage relayé par le PPT, des hommes en civil, dont l’un portait une tenue de police, l’auraient forcé à monter dans un véhicule banalisé. Menotté et les yeux bandés, il affirme avoir été conduit à plus de 55 kilomètres avant d’être abandonné dans une zone isolée après avoir subi des violences. Ces faits restent, eux aussi, à établir par les investigations.

Le rapprochement entre les deux affaires tient moins à leur nature qu’à une même question : celle de la sécurité des professionnels des médias lorsqu’ils exercent leur métier. Dans les deux cas, les organisations de presse ont demandé que les responsabilités soient établies et que les victimes obtiennent des réponses.

Le contraste est d’autant plus notable que le Togo a progressé dans le classement mondial 2026 de Reporters sans frontières, passant de la 121e à la 97e place sur 180 pays, avec un score de 52,56 contre 48,03 en 2025. RSF souligne toutefois que la situation de la liberté de la presse demeure dépendante du contexte politique et que plusieurs défis persistent.

Pour les six journalistes agressés le 29 septembre 2024, l’attente demeure donc la même : savoir où en est réellement la procédure, identifier les auteurs des violences et déterminer, le cas échéant, les responsabilités de ceux qui auraient manqué à leur obligation de protection.

Deux ans après les faits, le PPT demande au gouvernement de « prendre ses responsabilités et de garantir enfin un environnement sain, sécurisé et libre pour l’exercice du métier de journaliste au Togo ». Pour les victimes comme pour les organisations professionnelles, l’enjeu dépasse désormais leur seul dossier : il porte sur la capacité des institutions à apporter une réponse judiciaire et administrative aux violences commises contre des journalistes.

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