Abou Ane Grâce, 21 ans, vendeuse et enceinte de huit mois, a été retrouvée morte lundi 21 septembre 2026 à son domicile à Agboville, en Côte d’Ivoire. Son compagnon, soupçonné d’être impliqué dans le meurtre, a été interpellé quelques heures après les faits. Le témoignage de la mère de la victime fait état de violences conjugales antérieures.
Le drame a provoqué une vive émotion à Agboville. À l’aube du lundi 21 septembre 2026, Abou Ane Grâce, âgée de 21 ans et enceinte de huit mois, a été mortellement agressée à son domicile. Selon les premiers éléments communiqués par la Police nationale et rapportés par le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, la jeune vendeuse a été retrouvée sans vie dans la cour de sa maison. Son enfant à naître n’a pas survécu.
Les faits se sont déroulés dans un quartier d’Agboville. L’AIP situe précisément le domicile de la victime dans le quartier Baygon, tandis que des témoignages recueillis par d’autres médias évoquent Amakébou. Les forces de sécurité se sont rendues sur place après l’alerte et ont procédé aux premières constatations. Le corps de la victime a ensuite été transféré à la morgue de l’Établissement public hospitalier régional (EPHR) d’Agboville.
Selon les témoignages recueillis sur place, une dispute liée à la paternité de la grossesse aurait opposé la jeune femme à son compagnon, identifié par les initiales A.A.G.K., âgé d’une trentaine d’années. Celui-ci aurait agressé la victime à l’arme blanche avant de prendre la fuite. Ces éléments devront toutefois être confirmés par l’enquête.
Le suspect présumé a été interpellé par les forces de l’ordre dans les heures ayant suivi les faits, selon le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant. Une enquête est en cours afin de déterminer les circonstances précises du meurtre et d’établir les responsabilités. À ce stade, l’homme interpellé demeure présumé innocent.
Mais derrière ce drame, le témoignage de la mère de Grâce, Yacho Epi Rosine, donne une autre dimension à l’affaire. Selon elle, sa fille aurait été régulièrement victime de violences de la part de son compagnon. La mère affirme avoir alerté à plusieurs reprises la police, la gendarmerie ainsi que des membres de la famille afin que ces violences cessent.
Une période d’accalmie aurait ensuite laissé croire à une amélioration de la situation. Avec le recul, la mère estime que cette accalmie cachait un danger plus grave. Elle affirme que son gendre préparait « son élimination ». Ce témoignage, qui reste à confronter aux éléments de l’enquête, soulève une question centrale : les violences signalées avant un passage à l’acte peuvent-elles être suffisamment prises en compte pour protéger les victimes ?
Le gouvernement ivoirien a réagi dès le 21 septembre. Dans un communiqué, le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant dit avoir appris le drame « avec une profonde émotion et une vive indignation » et condamne « avec la plus grande fermeté cet acte d’une barbarie inqualifiable ». Le ministère évoque une « recrudescence préoccupante » des violences faites aux femmes et des féminicides en Côte d’Ivoire.
Au nom du gouvernement, la ministre Nassénéba Touré a présenté ses condoléances à la famille de la victime et à la communauté d’Agboville. Le ministère assure qu’il suivra « avec la plus grande attention » la procédure judiciaire et souhaite qu’elle aboutisse à « une sanction à la hauteur de la gravité des faits », conformément aux dispositions relatives aux violences basées sur le genre.
L’exécutif réaffirme également son engagement contre les violences faites aux femmes, autour des principes de « zéro impunité » et de « zéro compromis ».
Les chiffres nationaux donnent une idée de l’ampleur du problème. Selon les données du ministère présentées en mai 2026, 10 747 cas de violences basées sur le genre ont été pris en charge en 2025, dont 841 cas de viol. Sur les 841 plaintes pour viol enregistrées cette année-là, 89,52 % des cas traités avaient abouti à une condamnation, selon le ministère.
Agboville avait déjà été confrontée à un drame similaire quelques mois auparavant. En juillet 2026, une femme est morte à Loviguié après une altercation avec son ancien compagnon. L’affaire avait provoqué des tensions entre les populations de Loviguié et de Wahin, conduisant notamment le député d’Agboville sous-préfecture à appeler au calme et à la retenue. Le mis en cause avait été interpellé et placé à la disposition de la justice.
La mort de Grâce remet ainsi au premier plan la question de la prévention. Lorsqu’une femme signale des violences répétées, quels mécanismes permettent de mesurer le niveau de danger et d’intervenir avant qu’une menace ne se transforme en drame ? La réponse ne relève pas uniquement de la justice : elle concerne aussi les familles, les forces de sécurité, les services sociaux, les acteurs communautaires et les structures d’accompagnement.
Pour la famille de Grâce, cette réflexion arrive après l’irréparable. À 21 ans, enceinte de huit mois, la jeune femme devait bientôt donner naissance à son deuxième enfant. Elle et le bébé qu’elle portait sont morts dans des circonstances que l’enquête devra désormais éclaircir.
Le gouvernement appelle les leaders communautaires, la société civile, les médias et l’ensemble des citoyens à renforcer la protection des femmes, des filles et des enfants. À Agboville, l’enjeu est désormais double : établir toute la vérité sur la mort de Grâce et déterminer si les violences qui l’auraient précédée auraient pu être stoppées avant qu’il ne soit trop tard.
