À Baguida, la lutte contre la cécité évitable connaît une nouvelle étape. Le Centre d’Ophtalmologie de Baguida, rénové et équipé avec l’appui notamment de Christian Blind Mission (CBM) et de la coopération allemande, a été officiellement inauguré ce jeudi 17 septembre 2026. La cérémonie s’est déroulée en présence du secrétaire général du ministère de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances représentant son ministre, de l’ambassadeur d’Allemagne au Togo, du préfet du Golfe, du maire de Golfe 6, de la directrice-pays de CBM et de plusieurs acteurs du secteur de la santé.
La rénovation de cette infrastructure s’inscrit dans le cadre du projet Social Structure Fund (SSF), programme cofinancé par le BMZ, ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, et CBM, et mis en œuvre par le Programme national de santé oculaire (PNSO), la Fédération togolaise des associations de personnes handicapées (FETAPH) et la Coalition nationale togolaise pour l’éducation pour tous (CNT-EPT). Lancé au Togo en janvier 2024, le SSF vise notamment à renforcer durablement les structures sociales, améliorer l’accès aux soins oculaires, favoriser l’éducation inclusive des enfants handicapés visuels et contribuer à l’autonomisation des personnes vivant avec un handicap visuel.
Le choix de renforcer l’offre à Baguida répond à un besoin sanitaire qui dépasse largement cette commune. Une étude réalisée en 2024 dans le sud du Togo auprès de 3 726 personnes âgées de 50 ans et plus, sur 3 850 personnes prévues, a relevé une prévalence de la cécité bilatérale de 3,6 %. La cataracte représentait 61,7 % des cas, devant le glaucome (15,8 %). L’étude relève également plusieurs obstacles à la chirurgie de la cataracte : le coût (31,8 %), la peur de l’intervention (22,7 %), l’ignorance de l’existence d’un traitement efficace (17,3 %) et les difficultés d’accès à la chirurgie (10,9 %).
C’est dans ce contexte que le nouveau centre entend jouer un rôle de proximité. Il doit assurer le dépistage des affections oculaires, les consultations spécialisées, l’orientation des patients, la chirurgie de la cataracte et le suivi post-opératoire. Il est également appelé à devenir un espace de formation continue pour les apprenants et les professionnels de l’ophtalmologie, de l’optique et de l’optométrie.
Procédant à l’inauguration officielle au nom du ministre de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, le secrétaire général dudit ministère, M. Kokou Marin Wotobe, a insisté sur la portée de l’investissement : « C’est avec une profonde satisfaction que je prends la parole à l’occasion de cette cérémonie qui marque une avancée significative dans notre engagement quotidien en faveur de l’accès universel à des soins de santé spécialisés et de qualité. Au-delà d’un bâtiment réhabilité et d’équipements modernes, c’est une ambition de santé publique que nous consacrons aujourd’hui, celle de préserver la vue, de prévenir les lésions visuelles évitables et de rapprocher durablement les soins oculaires de nos populations. »
Pour lui, le véritable enjeu sera désormais l’utilisation effective de l’infrastructure. « La réussite de ce centre se mesurera au nombre de personnes dépistées à temps, au nombre de patients correctement orientés et pris en charge, au nombre d’enfants dont les difficultés visuelles auront été précocement détectées, au nombre de personnes âgées ayant retrouvé leur autonomie et surtout au nombre de vies dont la qualité aura été durablement améliorée. Voilà les résultats que nous attendons », a-t-il déclaré.
L’inauguration a d’ailleurs été couplée au lancement d’une campagne de dépistage des affections oculaires et de chirurgie de la cataracte au profit des populations de Baguida et des localités environnantes. Des professionnels de santé oculaire et des acteurs communautaires doivent être mobilisés pour détecter précocement les pathologies, orienter les patients et assurer leur suivi.
Le maire de la commune du Golfe 6, Kokou Amenyenou, voit dans cette infrastructure une réponse à une difficulté longtemps rencontrée par les populations. « La santé est un droit fondamental et l’accès à des soins de qualité ne doit pas être déterminé par le lieu où l’on habite », a-t-il déclaré, estimant que la rénovation du centre constitue une avancée pour une commune confrontée à une croissance démographique importante. « Le centre d’ophtalmologie de Baguida vient donc répondre à un besoin réel, concret et urgent de notre communauté », a-t-il ajouté.
Pour CBM, partenaire financier et technique de l’initiative, l’objectif est précisément d’agir avant que les déficiences visuelles ne deviennent irréversibles. La directrice pays de l’organisation au Togo, Mme Laure Akofa Tay, a souligné que : « Les soins oculaires constituent une priorité majeure pour Christian Blind Mission. Et si vous écoutez bien le sigle de notre organisation, c’est une mission pour les aveugles. Et pour éviter que les gens deviennent aveugles, c’est plutôt mieux d’anticiper en facilitant l’accès aux soins oculaires. »

Elle a rappelé que le projet SSF, lancé en 2024, vient renforcer une présence de CBM au Togo qui remonte à 1984. Le dispositif ne se limite toutefois pas au traitement médical. « Concernant les enfants handicapés visuel, il arrive que les soins n’aboutissent pas à leur recouvrer la vue alors que ces enfants ont également le droit d’aller à l’école », explique-t-elle, évoquant l’intervention de partenaires dans le domaine de l’éducation inclusive. La Fédération togolaise des associations de personnes handicapées intervient également sur le plaidoyer en faveur de l’accès des personnes handicapées visuelles aux services sociaux de base et à l’autonomisation.
A l’occasion, l’ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne au Togo, SEM. Stefan Anton Messerer a pour sa part, souligné la dimension économique et sociale de la santé oculaire : « Faciliter l’accès à des soins oculaires de qualité, c’est contribuer à préserver la santé des enfants pour leurs études et aux adultes pour leur autonomie, afin de subvenir aux besoins de leur famille. En d’autres termes, investir dans la santé oculaire, c’est investir directement dans le développement humain et social. »
Le diplomate a salué l’engagement de CBM et indiqué que, grâce au cofinancement avec l’organisation, le programme SSF a démarré au Togo en janvier 2024. L’un de ses objectifs spécifiques est de rendre accessibles les structures de dépistage et de traitement des maladies oculaires, particulièrement dans la région Maritime et le Grand Lomé. La réhabilitation du Centre d’Ophtalmologie de Baguida s’inscrit ainsi dans la volonté de rapprocher les services spécialisés des populations.
Pour le coordonnateur du PNSO, l’infrastructure doit aussi devenir un outil de montée en compétence : « C’est certes un centre d’ophtalmologie, mais c’est également un centre où nous allons faire de la formation continue et permettre d’avoir des soins oculaires de qualité dans le pays. (…) La cible, c’est beaucoup plus la population de Baguida en premier et ses environs en premier. Mais c’est un centre également de référence pour l’ensemble des populations du Togo », précise-t-il.

Le coordonnateur du PNSO, Dr Prempe Yawo Séfofo, a rappelé par ailleurs l’ampleur du défi : chez les personnes âgées de 50 ans et plus, la cécité touche plusieurs pour cent de la population et la cataracte représente plus de 60 % des causes de cécité. Or, souligne-t-il, « la cataracte, c’est très curable » et sa prise en charge chirurgicale peut durer environ 10 minutes.
Le nouveau centre arrive donc à un moment où les besoins restent importants. En 2025, les acteurs de la santé oculaire réunis avec le PNSO et CBM avaient déjà identifié la basse vision comme un enjeu nécessitant davantage de dépistage, de prise en charge et d’inclusion. Le renforcement des infrastructures, à lui seul, ne suffira toutefois pas : le coût des soins, l’information des patients, l’accès géographique et la disponibilité des compétences resteront déterminants.
À Baguida, le pari est désormais de transformer une infrastructure rénovée en véritable service public de proximité. Pour CBM, le PNSO et leurs partenaires, l’objectif est clair : intervenir plus tôt, traiter lorsque cela est possible, accompagner lorsque la perte visuelle est irréversible et faire de la santé oculaire un véritable levier d’inclusion sociale.


