Le constat est sévère. Dans son rapport 2026 sur l’état de la démocratie dans le monde, le V-Dem Institute, rattaché à l’Université de Göteborg en Suède, cite le Togo parmi les pays d’Afrique subsaharienne dont le renforcement de l’autocratisation contribue au recul démocratique régional. Le pays est mentionné aux côtés de la République centrafricaine et du Mozambique.
Le diagnostic de l’institut dépasse largement le cas togolais. À la fin de 2025, le monde comptait 92 autocraties contre 87 démocraties. Près des trois quarts de la population mondiale, soit environ 6 milliards de personnes, vivaient sous des régimes autocratiques, tandis que seulement 7 % de la population mondiale, soit quelque 600 millions de personnes, résidaient dans des démocraties libérales. V-Dem estime ainsi que, pour le citoyen moyen, le niveau de démocratie dans le monde est revenu à celui de la fin des années 1970.
« Presque tous les aspects de la démocratie ont connu un recul considérable au cours de la dernière décennie », écrit l’institut. En 2025, la liberté d’expression s’est détériorée dans 44 pays, tandis que la torture demeure utilisée comme moyen de répression de l’opposition politique dans 33 pays. Pour V-Dem, les acquis de la troisième vague de démocratisation, amorcée en 1974 avec la révolution des Œillets au Portugal, sont désormais « presque entièrement effacés ».
L’Afrique subsaharienne n’échappe pas à cette dynamique. Le niveau démocratique de la région est retombé à celui du début des années 2000, selon V-Dem. La multiplication des coups d’État militaires au Sahel et l’approfondissement de l’autocratisation dans plusieurs États expliquent notamment cette évolution. Quelque 66 % de la population de la région vivent désormais sous des régimes autocratiques. Les autocraties électorales, parmi lesquelles V-Dem cite l’Éthiopie, la Tanzanie et l’Ouganda, concentrent à elles seules 48 % de la population. À l’inverse, seulement 10 % vivent dans des démocraties électorales telles que le Botswana, le Ghana ou l’Afrique du Sud.
C’est dans ce contexte que V-Dem écrit que « le renforcement des régimes autocratiques dans des pays comme la République centrafricaine, le Mozambique et le Togo contribuent à cette évolution négative ». La formulation ne signifie pas que le Togo serait classé au même niveau que les régimes les plus fermés du continent, mais qu’il participe, selon les indicateurs de l’institut, à la tendance régionale de recul démocratique. V-Dem rappelle d’ailleurs que son évaluation repose sur plusieurs dimensions de la démocratie, notamment les libertés civiles, les contraintes exercées sur le pouvoir exécutif, les médias, les élections et l’État de droit.
Pour le Togo, cette appréciation prolonge les alertes formulées par V-Dem dans son rapport 2025. Le pays figurait alors sur la liste des États en voie d’autocratisation, avec un recul particulièrement marqué depuis 2020. L’institut relevait notamment la révision constitutionnelle de 2024 et estimait que celle-ci avait contribué à une nouvelle dégradation du niveau démocratique du pays.
Cette évolution renvoie directement aux profondes transformations institutionnelles engagées à Lomé ces dernières années. La nouvelle Constitution adoptée en 2024 a instauré un régime parlementaire et créé les fonctions de président du Conseil et de président de la République. Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, a ensuite été désigné président du Conseil en mai 2025. Ces changements ont été présentés par les autorités comme une réforme institutionnelle majeure, mais vivement contestés par une partie de l’opposition et de la société civile.
Le nouveau rapport de V-Dem intervient ainsi alors que le Togo cherche à défendre l’image d’une démocratie en transformation institutionnelle, tandis que plusieurs organismes internationaux continuent de pointer les limites de l’espace civique et des contre-pouvoirs. V-Dem précise toutefois que ses indices ne se limitent pas à l’existence formelle d’élections : son approche mesure plusieurs centaines d’indicateurs et cinq grandes dimensions de la démocratie.
Autre signal préoccupant : le nombre d’autocraties fermées dans le monde est passé de 22 en 2019 à 35 en 2025. Treize régimes auparavant classés comme autocraties électorales ont ainsi basculé vers une forme plus fermée de pouvoir.
Le rapport dessine finalement trois trajectoires : l’érosion démocratique dans des pays jusque-là considérés comme relativement stables, le recul dans des États ayant connu des avancées démocratiques et le durcissement de régimes déjà autocratiques. Pour le Togo, le signal envoyé par V-Dem est donc moins celui d’une rupture brutale que celui d’une trajectoire de long terme : celle d’un affaiblissement progressif des mécanismes démocratiques.
