Quatre Togolais sur dix vivraient dans l’extrême pauvreté, selon les estimations avancées pour 2025 par le World poverty clock. Malgré une croissance économique soutenue et le reclassement du pays parmi les économies à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, les disparités entre villes et campagnes restent importantes.
La lutte contre la pauvreté demeure un défi majeur pour le Togo, à quatre ans de l’échéance des Objectifs de développement durable (ODD) fixée à 2030. Selon les chiffres avancés par le World Poverty Clock, le taux d’extrême pauvreté atteindrait 39,3 % en 2025, soit près de quatre personnes sur dix. Ce niveau souligne l’ampleur des efforts encore nécessaires pour atteindre l’ODD n° 1, qui vise à « éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde ».
Toutefois, ce chiffre doit être interprété avec prudence. Les dernières données nationales disponibles, issues de l’Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (EHCVM-2), réalisée en 2021-2022, situaient le taux de pauvreté monétaire à 43,8 %, contre 45,5 % en 2018 et 55,1 % en 2015. La Banque mondiale projette, pour sa part, une baisse de l’extrême pauvreté à 22,2 % d’ici à 2028. Cette projection ne constitue pas un résultat déjà acquis et doit être distinguée des données observées sur le terrain.
Sur le plan macroéconomique, le Togo a enregistré une croissance de 6,3 % en 2025, selon les données de la Banque mondiale. Le pays a également changé de catégorie de revenu au 1er juillet 2026, passant du groupe des économies à faible revenu à celui des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Ce reclassement constitue un indicateur économique important, mais il ne signifie pas automatiquement une amélioration équivalente des conditions de vie de chaque ménage.
Les disparités territoriales illustrent cette difficulté. Selon les données publiées par la Banque mondiale, la pauvreté demeure nettement plus élevée en milieu rural, où elle atteint 58,2 %, contre 26,2 % en milieu urbain. Les régions septentrionales, notamment les Savanes et la Kara, restent particulièrement exposées aux difficultés économiques et sociales. Ces écarts interrogent la capacité de la croissance à profiter équitablement aux différentes catégories de la population.
La pauvreté ne se limite d’ailleurs pas au manque de revenus. L’accès à l’eau potable, aux soins de santé, à l’électricité et à l’éducation conditionne également le niveau de vie des ménages. Les estimations évoquées dans certaines analyses font état de près de 76 % d’enfants confrontés à des privations multidimensionnelles. Ce chiffre nécessite toutefois une source statistique précise avant d’être considéré comme une mesure nationale établie.
L’importance du secteur informel constitue un autre obstacle à la réduction durable de la pauvreté. Le chiffre avancé de 85,5 % de l’économie reposant sur ce secteur, ainsi que celui de 70 % des jeunes actifs qui y travailleraient, doit être rapporté à une étude clairement identifiée. L’informalité limite néanmoins, de manière générale, l’accès à des emplois stables, à la protection sociale et à des revenus réguliers.
Pour actualiser les données sur les conditions de vie, l’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED) a lancé, le 7 septembre 2026, une nouvelle collecte dans le cadre de l’EHCVM-3, prévue jusqu’en décembre. Les résultats permettront de mesurer plus précisément l’évolution de la pauvreté et d’orienter les politiques publiques. En attendant leur publication, les projections ne sauraient remplacer les constats issus d’enquêtes auprès des ménages.
À l’échelle régionale, les chiffres cités dans certaines comparaisons placent le Ghana à 21,9 %, le Bénin à 35 %, le Togo à 39,3 % et le Burkina Faso à 42,1 %. Ces valeurs ne permettent cependant pas d’établir un classement rigoureux sans vérifier qu’elles reposent sur le même seuil de pauvreté, la même période et la même méthodologie. Au Ghana, le taux de pauvreté multidimensionnelle est effectivement passé de 24,9 % en 2024 à 21,9 % en 2025, selon le Ghana Statistical Service. Il s’agit toutefois d’un indicateur différent de l’extrême pauvreté monétaire.
L’Africa Poverty Clock, inspirée de la World Poverty Clock développée par World Data Lab, est un outil de suivi destiné à visualiser l’évolution estimée de l’extrême pauvreté et les progrès vers les objectifs internationaux. Ses résultats reposent sur des données économiques et démographiques ainsi que sur des estimations et des projections. Ils doivent donc être confrontés aux enquêtes nationales et aux indicateurs harmonisés avant toute conclusion définitive.
Au Togo, le défi ne consiste donc pas seulement à maintenir la croissance ou à améliorer les indicateurs macroéconomiques. Il s’agit aussi de transformer ces progrès en revenus plus stables, en emplois décents et en services sociaux accessibles, particulièrement dans les zones rurales et les régions les plus vulnérables. À l’approche de 2030, la réduction effective de la pauvreté dépendra autant de la création de richesses que de leur répartition et de leur impact concret sur les conditions de vie.
