Burkina Faso : la peine de mort rétablie, la presse et les infractions routières également dans le viseur

L’Assemblée législative du peuple (ALP) du Burkina Faso a adopté, le mardi 20 octobre 2026, à l’unanimité des 71 votants, le nouveau Code pénal qui réintroduit la peine de mort pour plusieurs infractions. Le texte prévoit également un durcissement des sanctions en matière de circulation routière, de crimes économiques et de délits de presse, ouvrant un nouveau chapitre controversé dans la réforme de la justice burkinabè.

Sept ans après son abolition en 2018, la peine capitale fait son retour dans la législation pénale burkinabè. Défendu par le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, le nouveau Code pénal prévoit cette sanction pour les actes de terrorisme, l’espionnage, la trahison, le parricide ainsi que l’importation de produits périmés ou prohibés ayant entraîné la mort. Les auteurs comme les complices sont concernés par certaines de ces dispositions.

Pour justifier cette mesure, le ministre a notamment invoqué les exigences de la lutte contre les groupes armés. « Nous avons constaté sur le terrain que ces terroristes recrutent en promettant aux candidats que, même s’ils venaient à être arrêtés en tant qu’auteurs ou complices d’actes de terrorisme, ils ne risquaient pas grand-chose de plus que la prison à vie », a-t-il expliqué. Il a plaidé pour que « tous les actes en lien avec le terrorisme, en tant qu’auteur ou complice, soient punis de la peine de mort ».

Le texte, qui remplace la loi n°025-2018/AN du 25 mai 2018 portant Code pénal, comprend 933 articles, répartis en neuf livres, 33 titres et 97 chapitres. Son examen a donné lieu à plus de 700 amendements de forme et de fond, selon l’Assemblée législative du peuple. Au-delà de la peine capitale, la réforme prévoit la repénalisation de certains délits de presse, le renforcement des sanctions routières et un durcissement des peines applicables aux détournements et aux actes de corruption. Pour les crimes économiques, l’emprisonnement à vie est notamment prévu lorsque le montant détourné ou l’objet de l’infraction atteint ou dépasse 5 milliards de FCFA, selon les explications du ministre.

Les infractions routières sont également concernées. Edasso Rodrigue Bayala a affirmé que « 90 à 95 % des accidents de la circulation qui endeuillent les familles burkinabè sont du fait de l’usager », pour justifier le relèvement des sanctions. Les amendes minimales applicables aux infractions passent, par ailleurs, de 250 000 à 500 000 FCFA.

Cette réforme intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement difficile, marqué par les attaques de groupes armés et les efforts des autorités pour restaurer le contrôle du territoire. Mais le durcissement pénal soulève aussi des interrogations sur les garanties judiciaires, la liberté d’expression et la protection des droits fondamentaux, notamment en raison de la répression annoncée de certains délits de presse.

Dès le 5 décembre 2025, au lendemain de l’annonce du projet gouvernemental, Amnesty International avait appelé les autorités à renoncer au rétablissement de la peine capitale. Marceau Sivieude, directeur régional de l’organisation pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, avait déclaré : « La peine de mort est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit, et un déni irréversible du droit à la vie. » Il avait également estimé que cette peine ne disposait pas d’un effet dissuasif supérieur à celui d’autres sanctions et qu’elle risquait d’être utilisée contre les voix discordantes.

La dernière exécution connue au Burkina Faso remonte à 1988. L’adoption du nouveau Code pénal marque donc un changement majeur dans l’orientation de la politique pénale du pays. Reste désormais à observer les modalités d’application de cette réforme et ses conséquences sur la sécurité, la justice et les libertés publiques.

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