Jesse Jackson s’éteint à 84 ans : une voix majeure des droits civiques américains disparaît

Le révérend Jesse Jackson, figure historique du mouvement des droits civiques aux États-Unis et compagnon de route de Martin Luther King Jr., est décédé mardi à l’âge de 84 ans, après un long combat contre la maladie de Parkinson. Hospitalisé en novembre pour une affection dégénérative sévère, il s’est éteint « paisiblement, entouré par sa famille », ont annoncé ses proches sur les réseaux sociaux. Un hommage public sera organisé à Chicago, ville où il dirigea pendant des décennies une coalition d’associations engagées contre les inégalités raciales.

Né en 1941 en Caroline du Sud, alors marquée par la ségrégation, ce pasteur baptiste, fils d’un ancien boxeur et d’une mère adolescente remariée, s’était imposé comme l’un des orateurs les plus puissants de sa génération. Très tôt engagé, il n’avait pas 20 ans lorsqu’il participa à son premier sit-in. En 1965, il faisait partie des marcheurs de Selma à Montgomery, mobilisation décisive pour le droit de vote des Afro-Américains.

Présent à Memphis en 1968 aux côtés de Martin Luther King lors de son assassinat, Jesse Jackson restera toute sa vie un défenseur infatigable de la justice raciale. Il contribua à élargir la place des Afro-Américains dans le débat politique national, en briguant l’investiture démocrate lors des présidentielles de 1984 face à Ronald Reagan, puis en 1988 face à George H. W. Bush. Ses campagnes, bien que malheureuses, marquèrent un tournant symbolique. « Mon électorat, ce sont les désespérés, les damnés, les déshérités, les déconsidérés, les méprisés », déclarait-il à la convention démocrate de 1984.

En 1988, il appelait au rassemblement autour d’un « socle commun », lançant : « L’aile gauche, l’aile droite […] il faut deux ailes pour voler. » Cette rhétorique inclusive fit de lui un artisan du dialogue au-delà des clivages partisans. Il fut également présent, en larmes, lors de l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche en 2008, incarnation pour beaucoup de l’aboutissement partiel des combats de sa génération.

Jesse Jackson demeura actif jusque dans les dernières années, multipliant interventions et conférences dans la Silicon Valley, notamment chez Google, pour plaider en faveur d’une plus grande diversité dans l’industrie technologique. Sur la scène internationale, il s’engagea contre l’apartheid en Afrique du Sud et mena, dans les années 1990, des missions sensibles comme émissaire du président Bill Clinton en Afrique, au Nigeria notamment. Il intervint aussi en Syrie, en Serbie et en Irak pour négocier la libération de prisonniers américains.

Sa trajectoire ne fut pas exempte de controverses. En 1984, il fut vivement critiqué pour avoir utilisé un terme antisémite en parlant de New York. En 2005, son soutien à Michael Jackson lors de son procès pour abus sexuels sur mineur suscita l’indignation, tout comme sa proximité affichée avec le président vénézuélien Hugo Chávez.

Le révérend Al Sharpton lui a rendu hommage sur Instagram : « Il a gardé le rêve vivant et a appris à de jeunes enfants comme moi que s’ils étaient issus de foyers brisés, leur esprit ne l’était pas. Il nous a affirmé que nous étions quelqu’un et nous a fait y croire. » Sa famille, saluant un « inlassable artisan du changement », estime qu’il laisse « une empreinte indélébile dans l’histoire ».

Père de six enfants, Jesse Jackson incarne une génération de militants qui ont transformé la lutte pour les droits civiques en force politique nationale. Sa disparition intervient dans une Amérique toujours traversée par les débats sur les inégalités raciales et les violences policières, qu’il n’a cessé de dénoncer, notamment aux côtés de la famille de George Floyd en 2021. Avec lui s’éteint l’une des dernières grandes voix du mouvement initié dans les années 1960, dont l’écho continue de façonner le paysage politique et social américain.

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