À quelques jours de l’élection présidentielle du 15 mars, le président du République du Congo, Denis Sassou Nguesso, 82 ans, affirme qu’il « ne restera pas au pouvoir éternellement », tout en refusant de désigner ou d’évoquer un successeur potentiel. Une déclaration qui intervient alors que le chef de l’État, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, affronte six autres candidats dans un scrutin déterminant pour l’avenir politique du pays.
Dans un entretien accordé à l’AFP à son domicile de Dolisie, dans le sud du pays, il a justifié sa longévité politique par la nécessité de stabilité. « Les règles de la démocratie ne sont pas les mêmes dans un pays où 50 % ou plus de la population ne savent ni lire ni écrire », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Je constate qu’en Afrique, les pays qui ont réalisé certains progrès sont ceux qui ont bénéficié d’une réelle stabilité, et même de présidents restés longtemps au pouvoir. »
Ancien officier militaire, Denis Sassou Nguesso a dirigé le Congo une première fois de 1979 à 1992 sous un régime de parti unique, avant de perdre les premières élections multipartites face à Pascal Lissouba. Il revient au pouvoir en 1997 à l’issue d’une guerre civile qui renverse ce dernier. Depuis 2002, chacune de ses victoires électorales a été contestée par l’opposition.
Les organisations non gouvernementales et des acteurs de la société civile dénoncent régulièrement des atteintes aux libertés civiles et des pressions contre les opposants. Deux figures majeures de la présidentielle de 2016, le général Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, ont été condamnés respectivement en 2018 et 2019 pour « atteinte à la sécurité nationale » et demeurent emprisonnés. Le chef de l’État balaie la qualification d’« opposants », affirmant qu’ils préparaient une insurrection armée. « Ils ne vont pas mourir en prison. Un jour, nous les libérerons », a-t-il assuré.
En cas de victoire le 15 mars, ce mandat serait le dernier mandat de cinq ans autorisé par la Constitution. Interrogé sur la transition, le président s’est montré évasif : « Il ne s’agit pas de préparer un homme en particulier ; il s’agit de tout un ensemble de choses que nous préparons de manière holistique pour l’avenir du pays. »
À Brazzaville comme dans les capitales voisines, la question demeure : cette promesse de ne pas rester « éternellement » au pouvoir ouvre-t-elle réellement la voie à une transition maîtrisée, ou s’inscrit-elle dans la continuité d’un système solidement enraciné depuis plus de 40 ans ?
