Ce jeudi 11 décembre 2025, en marge de la commémoration de la Journée internationale des droits de l’homme, une initiative à forte portée sociale a éclos. En effet, l’Association nationale des personnes atteintes d’albinisme au Togo (ANAT) a procédé au lancement officiel du projet « Droits et bien-être des personnes atteintes d’albinisme », une nouvelle phase d’action qui s’étendra du 17 novembre 2025 au 31 décembre 2027. Objectif affiché : garantir une inclusion socio-économique durable et un accès égal aux services essentiels pour les personnes atteintes d’albinisme dans deux régions, Martime et Plateaux, cinq préfectures, Agoè, Zio, Lacs, Ogou et Kpélé.
Cette initiative, financée par Christian Blind Mission (CBM) et soutenue techniquement par le ministère des Droits de l’homme, marque une étape supplémentaire dans un combat de longue haleine. Le projet vise directement 1 018 bénéficiaires et touchera indirectement 1 958 380 personnes à travers les actions de sensibilisation et de plaidoyer. Parmi les résultats attendus, il est annoncé 100 élèves et étudiants accompagnés, 500 enseignants formés en éducation inclusive, 60 jeunes appuyés en artisanat et entrepreneuriat, 50 parents soutenus dans des activités génératrices de revenus (AGR), 150 consultations ophtalmologiques et dotation en verres correcteurs, 150 autorités et leaders communautaires sensibilisés.

Un programme qui arrive à un moment critique car selon la cartographie nationale menée en 2024, le Togo compte 1 521 personnes atteintes d’albinisme, soit une prévalence de 8,39 pour 100 000 habitants. La population est majoritairement jeune (2,79 % ont moins de 25 ans) et féminine (52,20 %). Autant de données qui illustrent l’urgence d’une réponse structurée, dans un pays où les discriminations persistent, malgré les engagements institutionnels.
Ouvrant les travaux de l’atelier de lancement du projet, le directeur de la législation et de la protection des droits de l’homme au ministère de l’homme, Akpaou Abdou Gafaou, représentant son ministre de tutelle, a replacé le lancement dans la symbolique du 11 décembre. « Les droits humains ne sont pas abstraits, ils sont nos essentiels du quotidien », a-t-il rappelé, avant d’insister sur la nécessité d’une société « fondée sur la courtoisie, le dialogue et le respect mutuel ».

Il a reconnu l’existence de défis persistants, tout en rappelant que le gouvernement soutient l’ANAT depuis 2021, notamment grâce à un appui institutionnel ayant permis un partenariat technique et financier avec le PNUD. Une continuité qu’il promet de maintenir afin de garantir la protection des personnes atteintes d’albinisme (PAA), souvent confrontées à la marginalisation, à la stigmatisation et à des vulnérabilités sanitaires majeures.
Pour le président de l’ANAT, Boukari Abdoul Nassirou, ce nouveau projet est une étape décisive dans un combat encore loin d’être gagné. Revenant longuement sur la condition des PAA au Togo, fragilités sanitaires, marginalisation sociale, manque de protection de la peau et de la vue, obstacles dans l’éducation, il a souligné les avancées enregistrées grâce au soutien de partenaires comme le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et Christian Blind Mission (CBM).
Mais il a aussi mis le doigt sur le principal défi à venir : l’aboutissement du plan d’action national sur l’albinisme, dont l’élaboration a été lancée il y a 4 à 5 ans sans aboutir : « Ce plan est indispensable pour garantir que les besoins et les vulnérabilités des personnes atteintes d’albinisme soient pris en compte dans toutes les politiques publiques », a-t-il plaidé devant les autorités et les partenaires techniques.
Christian Blind Mission (CBM), partenaire technique et financier, a salué les progrès réalisés par l’ANAT et confirmé son engagement sur la durée. « Les résultats des phases pilotes ont été suffisamment encourageants pour élargir notre intervention », a expliqué la chargée de programmes, Mme Sika Hovi, rappelant que l’organisation intervient dans 143 pays, avec un mandat clair : défendre les droits des personnes handicapées.
Elle a détaillé les trois axes clés du projet notamment l’inclusion socio-économique, la santé oculaire et l’éducation inclusive. Mais elle a aussi insisté sur la responsabilité qui incombe à tous les acteurs : obtenir des résultats mesurables oui, mais surtout produire un changement concret. « Nous voulons qu’au-delà des indicateurs, des vies changent : qu’un enfant puisse aller à l’école, qu’un adulte puisse exercer une activité, qu’une famille puisse croire en son avenir. »

