Togo : le coup de gueule en pleine homélie de Mgr Dominique Banlène Guigbile, Evêque de Dapaong

Dans une homélie au ton inhabituellement direct, prononcée lors de la vigile pascale à Dapaong, Mgr Dominique Banlène Guigbile a livré une lecture critique de la situation socio-économique et politique du Togo, dénonçant un décalage profond entre les discours officiels et la réalité vécue par les populations.

« Malgré le maquillage de la réalité (…) les Togolais expérimentent dans leur chair au quotidien ce que c’est que la souffrance et la misère », a-t-il déclaré devant les fidèles, pointant du doigt une précarité persistante qu’il juge en contradiction avec l’image souvent projetée du pays.

Pour appuyer son propos, l’évêque de Dapaong convoque un précédent historique marquant : la visite en 1992 du cardinal Roger Etchegaray, envoyé au Togo par Jean-Paul II en pleine crise sociopolitique. « Chers amis, n’ayez pas une veste pour le dimanche à l’Église et une veste en semaine pour votre travail au bureau », avait alors lancé le prélat, dénonçant une dissonance entre foi affichée et pratiques publiques. Trente-cinq ans après, Dominique Banlène Guigbile s’interroge : « les choses ont-elles véritablement changé ? On ne peut malheureusement pas répondre (…) par l’affirmative ».

Dans son analyse, l’évêque met en cause la portée réelle des indicateurs de développement souvent avancés. « Contrairement à ce que nous présentent les statistiques (…) l’immense majorité de la population togolaise n’a pas accès aux services sociaux de base », affirme-t-il, citant l’absence d’eau potable, d’électricité, d’éducation et de soins de santé de qualité pour une grande partie des citoyens.

Au-delà des conditions de vie, le religieux évoque également « un net recul de la liberté d’expression et du respect des droits humains », ainsi que « l’émergence de la culture du mensonge et de l’impunité », qu’il considère comme des facteurs aggravants de « déphasage » et de « dysfonctionnement » dans la société.

En conclusion, Dominique Banlène Guigbile a appelé les fidèles à un engagement concret : « l’accueil du Christ ressuscité (…) nous engage à lutter contre tous ces maux (…) C’est cela être témoin (…) de la dignité de la personne humaine ». Une exhortation spirituelle qui, au-delà du cadre religieux, résonne comme un appel à une responsabilité collective face aux défis du pays.

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