Togo : les morsures de serpent font ravage

Les morsures de serpent restent un problème de santé publique au Togo. Entre janvier 2020 et décembre 2025, 17 942 cas d’envenimation ont été enregistrés dans le pays, avec 268 décès, soit une létalité globale de 1,5 %. Ces données ont été présentées mercredi 23 septembre 2026 à Lomé, à l’occasion d’une rencontre organisée par le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, dans le cadre de la Journée internationale de sensibilisation aux morsures de serpents.

Sur les six années étudiées, 15 265 personnes ont été guéries, soit un taux de guérison de 85,07 %. Plus de 27 000 ampoules de sérum antivenimeux ont également été utilisées. Derrière ces chiffres se dessine une réalité particulièrement marquée dans les zones rurales et agricoles, où l’exposition aux serpents est liée aux activités professionnelles et aux conditions de vie.

Les adultes de plus de 15 ans constituent la principale catégorie touchée. Les hommes représentent 47,53 % des cas, contre 27,89 % pour les femmes de la même tranche d’âge. Les moins de 15 ans comptent, eux, pour 24,58 %, soit 4 411 cas.

La concentration géographique est également significative. Dix districts sanitaires, répartis dans les régions de la Kara, de la Centrale et des Plateaux, ont enregistré chacun plus de 500 cas sur la période 2020-2025. Une situation qui renvoie notamment à l’exposition des populations travaillant dans les champs. Une étude menée au Centre hospitalier régional de Dapaong sur la période 2015-2021 avait déjà établi que 52,4 % des victimes étaient des cultivateurs et que 56,7 % des morsures s’étaient produites dans les champs.

La situation reste préoccupante malgré une baisse du nombre de cas ces deux dernières années : 3 357 morsures ont été enregistrées en 2024, contre 3 043 en 2025. Le rapport annuel de performance du ministère pour 2024 faisait également état d’une létalité de 0,9 % cette année-là, contre 1,6 % en 2023, tout en signalant des ruptures fréquentes de sérum antivenimeux, susceptibles de limiter la prise en charge.

Face à cette réalité, les autorités sanitaires insistent sur une règle essentielle : une morsure de serpent doit être considérée comme une urgence médicale. Le garrot, l’incision, la succion du venin ou encore la cautérisation de la plaie sont déconseillés, ces pratiques pouvant aggraver les lésions et retarder l’arrivée dans une structure de soins. Le sérum antivenimeux adapté demeure le traitement de référence lorsque l’envenimation est avérée. L’Organisation mondiale de la santé estime d’ailleurs que les morsures de serpents provoquent chaque année 5,4 millions de morsures dans le monde, dont 1,8 à 2,7 millions d’envenimations, avec jusqu’à 137 880 décès.

Le défi est donc autant médical que comportemental. À Dapaong, l’étude hospitalière précitée avait montré que 60,2 % des patients avaient eu recours à un traitement traditionnel avant leur admission, alors que 95,9 % avaient finalement reçu un sérum antivenimeux à l’hôpital.

Pour réduire les retards de prise en charge et améliorer la réponse sanitaire, plusieurs mesures ont été engagées : formation de 108 formateurs, diffusion de guides et d’affiches et campagnes de sensibilisation dans les districts sanitaires. Le Togo s’inscrit ainsi dans l’objectif mondial porté par l’OMS de réduire de moitié, d’ici 2030, les décès et incapacités liés aux morsures de serpents.

La question de l’accessibilité du traitement reste toutefois centrale. Car si les données nationales montrent une progression de la prise en charge, les ruptures de sérum signalées dans les données officielles de 2024 rappellent qu’au-delà de la sensibilisation, la disponibilité régulière des antivenins dans les zones les plus exposées demeure un enjeu déterminant.

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