Bénin : une première exportation de pétrole annoncée depuis Sèmè

Le Bénin s’apprête à remettre son propre pétrole brut sur le marché international. Une première cargaison de 250 000 barils doit être commercialisée en octobre 2026, marquant le retour du pays dans le commerce du brut après plus de deux décennies d’interruption. La cargaison proviendra du champ offshore de Sèmè, dans le sud-est du pays, exploité par Akrake Petroleum Benin.

Cette première expédition intervient alors que la production du champ tourne actuellement autour de 3 000 barils par jour, un niveau encore inférieur aux projections initiales de 5 000 à 6 000 barils quotidiens. Au rythme actuel, les 250 000 barils représentent plus de 80 jours de production, ce qui donne une idée de l’importance de cette première cargaison pour un champ encore en phase de montée en puissance.

La reprise de la production a effectivement commencé en mars 2026, après plusieurs années d’inactivité. Akrake Petroleum a remis le champ en production dans le cadre d’un programme de redéveloppement comprenant notamment de nouveaux forages et des installations offshore destinées à collecter et stocker le brut. Le pétrole est actuellement transféré vers le navire de stockage et de production Kristina FSO.

Le champ de Sèmè n’est toutefois pas une nouvelle découverte. Découvert en 1969, il avait déjà été exploité entre 1982 et 1998, période durant laquelle environ 22 millions de barils avaient été produits. L’exploitation avait été interrompue en raison notamment de la faiblesse des cours du pétrole, autour de 14 dollars le baril en 1998.

Le projet actuel repose sur le bloc 1, qui couvre environ 551 km², dans des eaux peu profondes de 20 à 30 mètres. Akrake Petroleum Benin détient 76 % des intérêts, tandis que l’État béninois en détient 15 % et Octogone E&P 9 %, selon les données publiées sur le projet.

Cette relance intervient donc avec un objectif différent de celui d’un nouveau producteur pétrolier entrant sur le marché : il s’agit d’abord de remettre en exploitation une ressource déjà connue, puis d’augmenter progressivement les volumes. Les réserves prouvées et probables du champ avaient été évaluées à 10,9 millions de barils dans une évaluation indépendante publiée en mars 2025, selon les données citées dans le dossier du projet.

L’enjeu dépasse cependant le seul champ de Sèmè. Le Bénin dispose désormais d’une infrastructure portuaire qui a acquis une expérience concrète dans l’exportation de brut. Le terminal de Sèmè-Podji, construit dans le cadre du pipeline d’exportation Niger-Bénin, a déjà servi au chargement de pétrole nigérien. En 2025, 18 navires avaient quitté le terminal avec un total de 17 775 700 barils de brut nigérien.

Plus récemment, le 14 août 2026, le pétrolier Ottoman Sincerity a quitté Sèmè-Podji avec 1 million de barils de brut nigérien « Meleck » à destination de l’Algérie, dans le cadre d’une transaction entre la Société nigérienne du pétrole (Sonidep) et Sonatrach.

La future cargaison de 250 000 barils aura donc une particularité : contrairement aux volumes nigériens exportés depuis le terminal béninois, elle sera constituée de pétrole produit au Bénin, à partir d’un gisement situé dans ses eaux territoriales. Le pays pourra ainsi tester directement sa capacité à commercialiser sa propre production sur le marché international.

Reste toutefois une inconnue : l’identité de l’acheteur de cette première cargaison. Les informations disponibles au 22 septembre 2026 ne permettent pas encore d’identifier le client final. La commercialisation de ce premier lot constituera donc un premier test pour la filière pétrolière béninoise relancée, alors que la production reste encore nettement en dessous des 5 000 à 6 000 barils par jour initialement envisagés.

Avec 250 000 barils attendus en octobre, le Bénin ne change pas encore d’échelle pétrolière. Mais après avoir longtemps exporté le brut de son voisin nigérien depuis Sèmè-Podji, il s’apprête désormais à franchir une nouvelle étape : exporter son propre pétrole.

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