L’Office togolais des recettes (OTR) a lancé ce jeudi 17 septembre 2026 la plateforme e-TPU, destinée à permettre aux contribuables soumis à la Taxe professionnelle unique (TPU) de déclarer et de payer leur impôt à distance.
La réforme concerne notamment les PME-PMI, artisans, commerçants, micro-entreprises et autres opérateurs relevant du régime de la TPU. Selon les éléments présentés lors du lancement, la plateforme cible en particulier les contribuables dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à 60 millions de FCFA. Elle doit remplacer une partie des démarches physiques encore nécessaires jusque-là par un parcours entièrement numérique.
Concrètement, le contribuable pourra accéder au service à partir d’un téléphone, d’une tablette ou d’un ordinateur, à l’aide de son numéro d’identification fiscale. Le parcours comprend le dépôt de la liasse fiscale simplifiée, la déclaration, la liquidation automatisée de la taxe, le paiement électronique et la délivrance d’un justificatif doté d’un QR code. Les paiements pourront notamment s’effectuer via Flooz, Moov Money et Coris Money.
L’enjeu est autant pratique que fiscal. Jusqu’ici, la déclaration et le paiement de la TPU pouvaient encore nécessiter des démarches sur support papier, une ressaisie par les agents et un passage au guichet. L’e-TPU entend ainsi réduire les déplacements, les files d’attente, les risques d’erreur et les coûts liés au respect des obligations fiscales.
En procédant au lancement officiel de la plateforme, le ministre de l’Économie et des Finances, Essowè Georges Barcola, a pour sa part résumé l’un des changements attendus : « À partir d’aujourd’hui, pour les opérations ouvertes par la plateforme, il ne sera plus nécessaire de se rendre systématiquement dans un centre des impôts, de faire la queue, de consacrer une journée entière à l’accomplissement de ses obligations fiscales. »
Pour la commissaire générale de l’OTR, Yawa Djigbodi Tségan, la réforme doit également permettre « un traitement plus homogène des dossiers, une application cohérente des règles et des pénalités et une meilleure traçabilité des opérations indépendamment du centre des impôts dont relève le contribuable ».
La réforme intervient dans un contexte où l’État cherche à accroître ses recettes intérieures tout en simplifiant la relation entre l’administration et les contribuables. Pour 2026, les recettes fiscales attendues s’élèvent à 1 338,9 milliards de FCFA, contre 1 208 milliards de FCFA assignés en 2025, soit une progression de 10,8 %. À fin juin 2026, les recettes fiscales atteignaient déjà 507 milliards de FCFA, en hausse de 14,3 % sur un an.
L’e-TPU constitue donc davantage qu’une simple plateforme de paiement. Pour l’OTR, elle doit contribuer à élargir l’assiette fiscale, renforcer la traçabilité des opérations et favoriser le civisme fiscal. Cette orientation figure d’ailleurs au cœur du Plan stratégique 2026-2030 de l’Office, qui fait de la consolidation de la transformation digitale et de l’innovation l’un de ses axes prioritaires.
Mais la réussite de cette dématérialisation dépendra aussi de son accessibilité. Dans son diagnostic stratégique, l’OTR identifie lui-même plusieurs obstacles : difficultés d’appropriation du numérique par certains contribuables, instabilité de la connexion Internet et du courant électrique, ainsi que risques liés à la cybersécurité. L’Office devra donc veiller à ce que la simplification numérique ne se transforme pas en nouvelle barrière pour les opérateurs les moins familiarisés avec les outils digitaux.
Cette question prend une importance particulière pour les petites activités et le secteur informel, que l’OTR cherche parallèlement à mieux fiscaliser. L’administration a récemment rappelé, par exemple, que les personnes physiques effectuant des opérations d’importation ou d’exportation ne sont pas éligibles au régime synthétique d’imposition et doivent relever du régime du bénéfice réel, indépendamment de leur chiffre d’affaires.
L’e-TPU s’inscrit également dans une accélération plus large de la fiscalité numérique. Quelques jours avant son lancement, l’OTR échangeait encore avec le secteur privé sur la future facturation électronique certifiée, destinée notamment à améliorer la maîtrise de la TVA, les déclarations mensuelles et le traitement des crédits de TVA.
La plateforme e-TPU sera accessible sept jours sur sept à partir du 14 octobre 2026 et devrait fonctionner avec une connexion Internet basique et un téléphone d’entrée de gamme. Le véritable test commencera alors : faire en sorte que la dématérialisation ne soit pas seulement synonyme de nouvelles obligations en ligne, mais qu’elle se traduise effectivement par moins de déplacements, davantage de transparence et une relation plus simple entre le fisc et les contribuables.



