Le gouvernement togolais a décidé de muscler son dispositif sécuritaire dans la capitale et le District autonome du Grand Lomé. Dans un communiqué publié le 2 septembre, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Calixte Batossie Madjoulba, a annoncé la fermeture des passages illégaux à la frontière avec le Ghana, le redéploiement massif des forces et un contrôle accru des zones sensibles. Une mesure qui illustre un durcissement assumé des autorités face à la recrudescence des trafics et des menaces criminelles.
« Il s’agit d’adapter notre dispositif aux nouvelles réalités sécuritaires », a justifié le ministre, précisant que cette décision repose sur une évaluation approfondie des services compétents. Drogue, carburant et gaz de contrebande, circulation d’armes, exploitation illégale de ressources naturelles et passage de véhicules volés figurent parmi les fléaux pointés du doigt par le gouvernement. Ces activités, concentrées dans des quartiers périphériques de Lomé, alimentent une économie parallèle incontrôlable et nourrissent l’insécurité urbaine.
Désormais, seuls huit points piétons d’immigration restent ouverts : Akpokploe, Yokoé Copegan, Lankouvi et Akato Viépé du côté de Ségbé ; Kodomé, Casablanca, Todman et Adjinamoto du côté d’Aflao. Tout franchissement motorisé devra obligatoirement passer par les postes frontaliers officiels de Ségbé et d’Aflao, sous peine de sanctions. « La fermeture des brèches clandestines vise à couper court aux infiltrations criminelles », confie une source sécuritaire.
En parallèle, les autorités déploient un maillage inédit le long de la frontière ouest, avec la création d’unités de surveillance continues. Le ministre Madjoulba n’exclut pas d’étendre ce plan au reste du territoire, notamment dans les zones frontalières éloignées où les trafics prospèrent. Les populations sont appelées à coopérer en signalant toute activité suspecte via le numéro vert 1014.
Au-delà de l’aspect technique, cette décision revêt une portée politique. Depuis les manifestations de juin 2025, qui ont fait des morts, des blessés et conduit à de nombreuses arrestations, les relations entre Lomé et Accra se sont tendues. Le pouvoir togolais accuse son voisin ghanéen de « fermer les yeux » sur des tentatives de déstabilisation, ce qu’Accra dément vigoureusement. La fermeture des passages clandestins pourrait donc être interprétée comme une réponse aux tensions bilatérales et à la volonté d’endiguer toute infiltration aux frontières.
Ce virage sécuritaire intervient dans un climat où le pouvoir de Lomé répète que la stabilité demeure « la condition première » du développement. Reste à savoir si ces mesures rassureront une population qui vit, depuis plusieurs mois, au rythme des incertitudes politiques et des crispations.
