Contrairement au rappeur contestataire Aamron, remis en liberté sous contrôle judiciaire, l’ancienne ministre des Armées, Marguerite Essossimna Gnakadé, ne retrouvera pas sa liberté de sitôt. Interpellée mercredi 17 septembre à son domicile de Tokoin-Solidarité, elle a été officiellement inculpée et placée sous mandat de dépôt vendredi soir, a confirmé à l’Agence Savoir News son avocat, Me Elom Kpadé.
« Les charges retenues sont multiples : atteinte à la sécurité intérieure de l’État, trouble aggravé à l’ordre public et incitation de l’armée à la révolte », a précisé le conseil, qui dénonce une procédure à la fois « arbitraire et politique ».
Marguerite Gnakadé s’était imposée ces derniers mois comme l’une des voix les plus critiques du régime. Dans plusieurs vidéos relayées sur les réseaux sociaux, elle avait appelé à une rupture radicale. « Le temps du silence est terminé. Le moment est venu de dire les choses avec clarté. Nous avons besoin d’un Togo nouveau, d’un pays libre, juste, réconcilié et tourné vers l’avenir », déclarait-elle dans un message largement partagé.
Son appel allait plus loin : « Laisser Faure Gnassingbé au pouvoir encore, ne changera rien. Il doit d’une manière responsable démissionner pour laisser la place à une transition apaisée, inclusive et nationale. »
Le 30 août dernier, l’ex-ministre avait brièvement sillonné les rues de son quartier de Lomé en signe de soutien à un appel à manifester lancé sur les réseaux sociaux, avant d’être stoppée par les forces de l’ordre. Un geste qui, pour certains observateurs, avait définitivement scellé son sort.
Cette nouvelle arrestation d’une figure issue du premier cercle du pouvoir intervient dans un contexte de crispation politique marqué par les mobilisations du mouvement M66 et les critiques croissantes à l’égard de Faure Gnassingbé. Pour l’opposition, elle illustre un durcissement du régime et une volonté d’écarter toutes les voix dissidentes, y compris celles issues de la famille présidentielle.
