Fin de parcours : la chute du « roi des voleurs de motos » de Nukafu

Le voile est levé sur l’un des réseaux de vol de motos les plus actifs du Grand Lomé. La Police nationale a annoncé, ce début janvier 2026, le démantèlement partiel d’une organisation criminelle qui semait la peur dans plusieurs quartiers de la capitale, notamment à Bè, Nukafu et Nyekonakpoè, où les deux-roues constituent pour beaucoup un outil de travail et parfois l’unique source de revenu.

Tout est parti des journées des 10 et 11 novembre 2025, marquées par une série de vols audacieux perpétrés en plein jour par un binôme particulièrement mobile. Les images de vidéosurveillance et les témoignages diffusés massivement sur les réseaux sociaux avaient alors provoqué une vive émotion, tant les scènes montraient la facilité avec laquelle les engins étaient subtilisés sous les yeux des riverains.

Dès le 12 novembre 2025, la Police nationale lançait un appel à témoins sur sa page Facebook officielle. L’un des suspects, « clairement identifiable », y apparaissait vêtu d’une tenue bleue, coiffé d’une casquette noire et arborant un crucifix. Ce signalement précis s’est révélé déterminant pour l’enquête.

Après plusieurs semaines de filatures et de recoupements, les forces de l’ordre ont interpellé, le 8 janvier 2026, le principal mis en cause à Agodékè, dans la commune de Golfe 6, à son domicile. Il s’agit de ALODE Koffi Pascal, mécanicien de profession, spécialisé dans les deux-roues et déjà connu des services de police pour des faits similaires. Selon les enquêteurs, il serait notamment l’auteur du vol spectaculaire commis à Nukafu, qui avait valu au suspect une notoriété inquiétante sur les réseaux, où il était surnommé « De Nukafu ». Son complice présumé, ANICET, alias « SAR », demeure en fuite et fait l’objet de recherches actives.

L’opération a connu une seconde phase le 9 janvier 2026 avec l’arrestation de deux autres individus, K. K. T. et T. G., également à Agodékè. Présentés comme des receleurs, ils sont soupçonnés d’avoir facilité l’écoulement des engins volés. Auditionnés, les quatre mis en cause ont reconnu leur implication dans « le vol et le recel d’une centaine de motocyclettes depuis 2021 ». Le réseau utilisait une « clé spéciale de type passe-partout », fabriquée dans un pays voisin, permettant de neutraliser rapidement les systèmes d’allumage.

Au-delà du coup de filet, l’affaire met en lumière un phénomène préoccupant pour Lomé et ses périphéries : la criminalité organisée autour des deux-roues, qui frappe de plein fouet des conducteurs de taxi-moto, des artisans et des familles déjà fragilisés par la conjoncture économique. Elle pose avec acuité la question du contrôle des ateliers mécaniques, des circuits de revente et de la coopération transfrontalière, alors que des outils utilisés par les malfaiteurs proviennent de pays voisins.

La Police nationale a indiqué que l’ensemble des personnes interpellées sera présenté au Procureur de la République et a réaffirmé sa détermination à « protéger les personnes et les biens ». Elle appelle surtout les populations à maintenir une collaboration étroite avec les forces de sécurité, rappelant que les signalements citoyens et l’exploitation des images ont été décisifs dans cette enquête.

Publicité