« Créer, gérer, durer » : comment l’ANAT veut renforcer l’autonomie économique des personnes atteintes d’albinisme

À Lomé, l’Association nationale des personnes atteintes d’albinisme au Togo (ANAT) mise sur l’entrepreneuriat pour renforcer l’autonomie économique des personnes atteintes d’albinisme (PAA) et des parents d’enfants atteints d’albinisme. Une formation de cinq jours, ouverte officiellement ce mercredi 7 octobre 2026, entend leur donner des outils pour créer, structurer et pérenniser leurs activités génératrices de revenus (AGR).

L’objectif dépasse l’acquisition de simples notions entrepreneuriales. Pour l’ANAT, disposer d’une activité capable de générer des revenus constitue aussi un moyen de renforcer l’autonomie, la dignité et l’inclusion sociale des personnes atteintes d’albinisme, souvent confrontées à la stigmatisation et à des difficultés d’accès à l’emploi et au financement.

« La formation en entrepreneuriat et en gestion d’activités génératrices de revenus est pour nous une activité capitale », souligne le directeur exécutif de l’ANAT, Souradji Ouro Yondou. Selon lui, l’enjeu est de permettre aux bénéficiaires de mieux prendre en charge leurs besoins, mais aussi de développer des activités suffisamment solides pour, à terme, créer de l’emploi pour d’autres personnes.

De la confiance en soi à la gestion financière

Organisée dans le cadre du projet « Droits et bien-être des personnes atteintes d’albinisme au Togo », mis en œuvre avec l’appui financier de Christian Blind Mission (CBM), la formation aborde plusieurs dimensions de l’entrepreneuriat.

Les participants travaillent notamment sur la confiance en soi et le leadership, l’organisation et la structuration d’une AGR, la gestion financière simplifiée, le développement et la fidélisation de la clientèle, ainsi que la pérennisation et la résilience des activités.

Pour Myriam Blagogee, consultante sur le programme, l’accent est notamment mis sur des outils simples et directement applicables. Les bénéficiaires apprennent, entre autres, l’importance de tenir un cahier de comptes et d’enregistrer les entrées et sorties de leur activité.

« Les participants sont très réactifs », constate-t-elle, relevant les nombreuses questions posées pour mieux comprendre les notions et envisager leur application dans leurs propres activités.

Une formation pensée au plus près des bénéficiaires

La démarche pédagogique constitue également un élément mis en avant par CBM. Sika Hovi, chargée de programme à CBM Togo-Bénin, salue notamment le choix de l’ANAT de dispenser la formation dans une langue locale et avec des notions adaptées au quotidien des participants.

L’ambition est que les acquis ne restent pas au stade théorique. CBM prévoit ainsi un appui financier aux bénéficiaires dont les plans d’action seront retenus par l’ANAT, avec l’objectif que ces ressources contribuent à augmenter durablement leurs revenus.

« Nous voudrions que ces fonds soient utilisés à bon escient », indique Sika Hovi, qui insiste également sur la nécessité de suivre les bénéficiaires après la mise en œuvre du projet afin de mesurer ses effets dans la durée.

Des acquis déjà perçus par les participantes

Après trois jours de formation, Eyram Essi Akakpo, jeune femme atteinte d’albinisme, commerçante et membre de l’ANAT, retient déjà plusieurs enseignements qu’elle entend intégrer dans son activité. Pour elle, les notions abordées doivent permettre de mieux organiser son commerce et d’en améliorer progressivement la gestion.

Même attente chez Delphine Abla Amegantse, coiffeuse et mère d’une fille atteinte d’albinisme. Elle entend mettre en pratique les acquis de la formation pour renforcer son autonomie économique et mieux répondre aux besoins de sa famille, notamment à ceux de sa fille. Elle a également exprimé sa reconnaissance à l’ANAT, à CBM et aux formateurs pour cet accompagnement.

118 bénéficiaires à terme

La formation de Lomé concerne 58 participants, répartis en deux groupes. Elle s’inscrit dans un dispositif plus large qui doit toucher au total 118 personnes atteintes d’albinisme et parents d’enfants atteints d’albinisme. Une autre session est prévue à Atakpamé, avec un effectif comparable, selon le directeur exécutif de l’ANAT.

Table d’honneur

Au-delà de la formation, l’enjeu sera donc de transformer les connaissances acquises en activités viables. Pour l’ANAT comme pour CBM, la réussite du projet se mesurera aussi à la capacité des bénéficiaires à maintenir leurs activités, à améliorer leurs revenus et, éventuellement, à créer à leur tour des opportunités pour d’autres.

Créer, gérer et durer : c’est dans cette continuité que l’entrepreneuriat est présenté comme un levier d’autonomisation économique et d’inclusion pour les personnes atteintes d’albinisme au Togo.

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