Coup d’Etat ‘avorté’ : une lourde arrestation à Lomé

Accusé d’être impliqué dans un projet de coup d’État contre le régime du capitaine Ibrahim Traoré, l’ancien président de la transition burkinabè, Paul-Henri Sandaogo Damiba, a été interpellé à Lomé le 17 janvier puis expulsé vers Ouagadougou dès le lendemain, selon des informations révélées par Africa Intelligence. Une décision lourde de sens pour le Togo, intervenue dans un contexte de fortes tensions sécuritaires et diplomatiques au sein de l’espace sahélien.

Installé dans la capitale togolaise depuis sa chute en septembre 2022, l’ex-lieutenant-colonel a été arrêté par les services de sécurité togolais avant d’être acheminé, le 18 janvier, à bord d’un avion privé affrété par les services de renseignement, puis remis aux autorités burkinabè. Cette opération, effectuée sur instruction de la présidence togolaise, répondait à des pressions insistantes du pouvoir de Ouagadougou, qui réclamait son extradition depuis plusieurs semaines.

À Ouagadougou, la junte affirme que Paul-Henri Sandaogo Damiba serait impliqué dans une tentative de déstabilisation visant à renverser le pouvoir en place. Selon les autorités, le projet de putsch, censé être déclenché début janvier, aurait bénéficié de soutiens extérieurs, notamment en Côte d’Ivoire, avant d’être neutralisé par les services de renseignement burkinabè. Des accusations déjà portées en septembre 2024, lorsque le régime de transition avait publiquement cité l’ancien chef de l’État comme l’un des cerveaux présumés d’un complot.

Ces informations auraient également alarmé Lomé. D’après des sources proches du dossier, le Togo, informé de la préparation de cette tentative, aurait adressé un premier avertissement formel à l’ancien dirigeant le 31 décembre 2025, l’exhortant à renoncer à toute activité susceptible de déstabiliser le Burkina Faso. Une seconde mise en garde, transmise quelques jours plus tard, serait restée sans effet.

Dans ce contexte, le maintien de Damiba sur le sol togolais est rapidement apparu comme « politiquement et diplomatiquement intenable ». Lomé, qui s’efforce depuis plusieurs années de jouer un rôle de médiateur entre les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la communauté internationale, redoutait d’être perçu comme un refuge complaisant pour des acteurs soupçonnés de manœuvres insurrectionnelles.

Son expulsion traduit ainsi un délicat exercice d’équilibre pour la diplomatie togolaise : préserver ses relations avec les autorités de l’AES tout en consolidant son image de plateforme de dialogue et de stabilité dans une région marquée par la succession de coups d’État et par la montée des tensions sécuritaires.

Désormais de retour à Ouagadougou, Paul-Henri Sandaogo Damiba pourrait être poursuivi pour haute trahison et atteinte à la sûreté de l’État, des chefs d’accusation d’autant plus lourds que le Burkina Faso s’apprête à durcir son arsenal juridique à travers une réforme du Code pénal. Pour le Togo, cet épisode rappelle les défis posés par l’accueil d’exilés politiques dans un environnement régional instable, mais aussi l’importance stratégique de sa posture diplomatique, appelée à conjuguer hospitalité, sécurité et crédibilité internationale.

 

Un faux communiqué a d’ailleurs circulé ces dernières heures disant que l’information était fausse. Des sources autorisées proches du gouvernement togolais ont rapidement démenti cette information. Selon elles : « Ce communiqué ne correspond pas aux normes graphiques qui caractérisent les publications officielles du gouvernement togolais. »

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