Élu par consensus à l’issue du deuxième congrès ordinaire des 10 et 11 octobre 2026 à Porto-Novo, Nourénou Atchadé entame un mandat de trois ans à la tête des Démocrates. Mais entre revers électoraux, contestation interne et départs de cadres, le successeur de Thomas Boni Yayi hérite d’une formation fragilisée, confrontée à un sérieux défi de reconstruction.
Les militants des Démocrates ont renouvelé leur confiance à Nourénou Atchadé lors de leur deuxième congrès ordinaire, tenu les 10 et 11 octobre à Porto-Novo. Placées sous le thème « Bâtir un parti plus uni et restaurer la confiance avec le peuple », ces assises devaient permettre de renouveler les instances dirigeantes et d’adapter les textes du parti à l’évolution du paysage politique béninois. La reconduction du président intervient toutefois dans un climat de fortes tensions, marqué par une série de démissions à la veille du congrès.

Atchadé succède officiellement à Thomas Boni Yayi, qui avait quitté la présidence du parti en mars 2026. Il doit désormais transformer sa légitimité interne en capacité de rassemblement, alors que plusieurs figures historiques contestent la gouvernance de la formation. « Nous devons restaurer la confiance entre nous. Nous devons apprendre à débattre sans nous déchirer », a-t-il déclaré, appelant les militants à dépasser leurs divergences.
Le président reconduit a également plaidé pour un apaisement du climat politique national. Il a invité les autorités à favoriser la libération des détenus politiques, le retour des exilés politiques et la mise en place de mécanismes de dialogue et de concertation. Il défend ainsi la nécessité d’une opposition organisée et respectée pour assurer le fonctionnement démocratique du pays.
Cette volonté de rassemblement se heurte cependant à une crise qui s’est aggravée au fil des derniers mois. Aux élections législatives du 11 janvier 2026, les Démocrates ont recueilli 16,14 % des suffrages, sans obtenir le moindre siège à l’Assemblée nationale. Le parti n’a pas satisfait à l’exigence d’obtenir au moins 20 % des suffrages dans chacune des 24 circonscriptions électorales, condition prévue par le Code électoral pour participer à la répartition des sièges en l’absence d’accord de coalition. L’Union progressiste le Renouveau et le Bloc républicain se sont ainsi partagé les 109 sièges de la nouvelle législature, avec respectivement 60 et 49 députés.
Le revers électoral s’est étendu aux élections communales de janvier, auxquelles les Démocrates n’ont pas participé, puis à la présidentielle d’avril 2026, pour laquelle le parti n’a pas réussi à faire valider son duo de candidats faute de parrainages suffisants. Ces échecs successifs ont privé la formation d’une représentation institutionnelle et alimenté les interrogations sur sa stratégie, son organisation et sa capacité à conserver son ancrage local.
La succession de Boni Yayi a également ouvert une bataille de leadership entre le camp de Nourénou Atchadé et celui d’Éric Houndété, ancien premier vice-président du parti. Le différend a pris une dimension judiciaire : le tribunal de première instance de Cotonou aurait rejeté, le 29 avril 2026, une demande visant à faire annuler la désignation d’Atchadé. Un appel a été annoncé, avec une audience prévue le 15 octobre. La reconduction par le congrès consolide donc le soutien politique dont bénéficie Atchadé parmi les congressistes, sans préjuger de l’issue de la procédure judiciaire.
La crise a franchi un nouveau seuil à la veille des assises. Les 8 et 9 octobre, l’ancien député Célestin Hounsou, René Badougou, vice-président et membre fondateur, puis Daniel Sarè Kpéra, coordonnateur de la 8e circonscription électorale, ont annoncé leur départ. Le 9 octobre, Éric Houndété, Jude Lodjou et plus de 200 coordonnateurs d’arrondissement ont à leur tour fait part de leur démission collective. Les départs sont motivés, selon les intéressés, par des désaccords sur la gouvernance interne, les sanctions disciplinaires et les choix stratégiques du parti.
Nourénou Atchadé a répliqué que les responsables concernés étaient suspendus depuis mars 2026 et que leur situation relevait des instances compétentes du parti. Cette version souligne le caractère conflictuel de la crise : les démissionnaires dénoncent la gestion de la formation, tandis que la direction présente leurs départs dans le prolongement de sanctions internes. Dans les deux cas, l’ampleur des défections pose la question de la cohésion des structures locales et de la capacité du parti à maintenir sa mobilisation.
Malgré ces difficultés, le président reconduit affirme vouloir faire des Démocrates un espace de réflexion, de formation politique et de propositions, capable de préparer les prochaines échéances. « Nous voulons construire un parti capable de proposer, de convaincre et demain, de gouverner avec compétence, responsabilité et probité », a-t-il déclaré. Les congressistes ont également réaffirmé le maintien du parti dans l’opposition.
La reconduction de Nourénou Atchadé clôt ainsi une étape institutionnelle, mais ne règle pas la crise politique qui secoue la formation. Le défi sera de restaurer la confiance entre les militants, de renouer avec les électeurs et de reconstruire une organisation affaiblie par les défaites et les départs. Pour un parti qui fut l’une des principales forces de l’opposition béninoise, l’enjeu dépasse désormais la seule désignation d’un président : il s’agit de démontrer qu’il peut encore se rassembler autour d’une stratégie commune et retrouver une place dans le débat public.
